Un contrat visé dans les trois mois
Le PDG de la Société syrienne de pétrole, Youssef Qablawi, a indiqué mardi que les discussions entre Damas et Bagdad avaient débuté afin de finaliser le contrat de remise en service de l’oléoduc Haditha-Banias. Selon lui, cet accord pourrait être bouclé dans un délai de trois mois.
Les études techniques, les appels d’offres et les travaux nécessiteraient ensuite jusqu’à trois ans, a précisé Youssef Qablawi lors d’une conférence de presse organisée sur le site pétrolier de Rmeilan, dans le nord-est syrien. Le dirigeant de la SPC a présenté ce projet comme « essentiel » pour la Syrie.
L’infrastructure doit permettre d’acheminer du brut irakien vers le port syrien de Banias, sur la Méditerranée, puis vers les marchés d’exportation. Youssef Qablawi évalue sa capacité entre « 1,5 million et 2 millions de barils par jour ».
Bagdad cherche une sortie hors du détroit d’Ormuz
Le projet prend une dimension régionale depuis le verrouillage du détroit d’Ormuz par l’Iran, dans le contexte de la guerre qui l’oppose aux États-Unis. Ce blocage a fortement affecté les exportations pétrolières irakiennes, dépendantes des terminaux du Golfe pour accéder aux marchés mondiaux.
Bagdad a annoncé en avril avoir commencé à transporter du brut par camion via la Syrie. Le mois dernier, l’Irak a signé avec Damas un protocole d’accord portant sur la remise en service de l’oléoduc Haditha-Banias.
Le département d’État américain a salué le 17 juillet la portée bilatérale et régionale du projet, en évoquant une capacité initiale de transport de 2 millions de barils par jour. Washington a également indiqué qu’un consortium international piloté par des intérêts américains devait prendre en charge les volets technique et financier.
Chevron figure dans le consortium industriel
Un consortium de trois entreprises, dont le groupe américain Chevron, doit piloter le projet. Des informations publiées en juillet par les autorités irakiennes et syriennes citent également TI Capital et UCC, groupe qatari, parmi les partenaires engagés dans les accords préliminaires.
Selon l’agence officielle syrienne Sana, l’oléoduc historique reliant l’Irak à Banias est entré en service en 1952. Il a été mis hors service après avoir été endommagé lors de l’invasion américaine de l’Irak en 2003.
La remise en état de cette conduite s’inscrit dans l’effort des nouvelles autorités syriennes pour reconstruire les infrastructures énergétiques du pays après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, au terme de plus de treize ans de guerre civile. Damas affirme désormais contrôler l’ensemble des gisements pétroliers et gaziers syriens, après avoir pris en début d’année des zones du nord-est auparavant tenues par les forces kurdes, dont Rmeilan.
Damas affiche un objectif pétrolier pour 2030
Au-delà du transit irakien, la Syrie veut augmenter fortement sa propre production de pétrole. Youssef Qablawi a fixé un objectif d’un million de barils par jour d’ici 2030, contre environ 100 000 barils par jour actuellement.
Cette cible supposerait une remise en état de champs, d’unités de traitement et de réseaux de transport fortement dégradés par le conflit. Le site de Rmeilan, où Youssef Qablawi s’est exprimé mardi, fait partie des actifs pétroliers du nord-est syrien revenus sous le contrôle de Damas en début d’année.