Un objectif collectif sans contrainte juridique
À cinq mois de la COP31 prévue à Antalya du 9 au 20 novembre, Ankara a détaillé à Bonn une initiative visant à porter la part de l’électricité dans la consommation énergétique finale mondiale d’un peu plus de 20 % aujourd’hui à 35 % en 2035. Cette cible, présentée comme un « objectif collectif mondial », concerne tous les usages finaux et s’inscrit dans un calendrier commun, sans trajectoire imposée par pays.
Le dispositif relève d’engagements volontaires auxquels les Parties pourront librement souscrire. Il se distingue des décisions formelles des COP, négociées ligne à ligne et adoptées par consensus des près de 200 Parties à la Convention climat, qui conservent un statut politique supérieur dans l’architecture onusienne.
« Une des priorités déterminantes » de la COP31
Cette annonce intervient alors que les enjeux de sécurité d’approvisionnement suscitent une attention particulière, liée à la guerre au Moyen-Orient. L’électrification de la mobilité réduit entre autres la dépendance au pétrole importé. Le marché turc des voitures électriques témoigne à ce sujet d'une dynamique régionale récente : le pays est devenu en 2025 le 4e plus gros marché pour les voitures électriques sur le continent européen, après l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France, selon un rapport récent d'Ember.
En 2025, le développement des véhicules électriques dans le monde a permis d'éviter la consommation d'environ 1,7 million de barils par jour, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
« En électrifiant la vie quotidienne, des transports aux bâtiments à l’industrie, nous pouvons protéger les familles et les entreprises face à des marchés de l’énergie volatils », a déclaré le président de la COP31, Murat Kurum. Cela « sera l’une des priorités déterminantes de notre présidence de la COP31 », a-t-il ajouté. De son côté, l’Australien Chris Bowen, qui présidera les négociations de la COP31 dans un partage des tâches avec la Turquie, a estimé à Bonn que l’électrification permettait de faire d’une pierre deux coups : celle-ci renforçe la sécurité énergétique et « elle réduit le besoin de combustibles fossiles ».
Un enjeu parallèle : décarboner le système électrique
« C’est important de fixer des objectifs et ces cibles. Mais on a déjà tellement d’objectifs ; la question est de savoir comment on va les atteindre », a commenté auprès de l’AFP Alden Meyer, du groupe de réflexion E3G. L’expert appelle à arrimer les annonces à des politiques et financements crédibles, assortis d’échéances opérationnelles. « Il faut vraiment développer l’électrification et éliminer les énergies fossiles du système électrique en même temps », a-t-il insisté. « Si on électrifie et qu’on augmente le charbon, à quoi ça sert ? »
En 2025, le charbon restait en effet de très loin la principale source d'électricité dans le monde (10 760 TWh, soit 33,6% du mix électrique mondial). En France, la production d'électricité est déjà décarbonée à plus de 95 %.