Un protocole provisoire qui ne lève pas les risques
Signé électroniquement lundi par Washington et Téhéran, le protocole accorde 60 jours aux négociateurs pour arrêter un texte final. Cette fenêtre prolonge une phase d’incertitude alors que les pétromonarchies ont fait de la stabilité un pilier de leur attractivité pour les entreprises, les capitaux et le tourisme.
Selon Hasan Alhasan (IISS), le texte « ne devrait pas répondre aux préoccupations des pays du Golfe sur leur sécurité face aux capacités militaires de l’Iran, notamment ses missiles, ses drones et son réseau de milices dans la région ». Les dirigeants du Golfe ont entretenu des liens étroits de longue date avec le président Donald Trump et ont promis d’investir des milliards de dollars aux États‑Unis, mais leurs attentes en matière de protection sont bousculées.
Des garanties de sécurité jugées insuffisantes
D’après Andreas Krieg (King’s College London), les partenaires du Golfe ont « dû se débrouiller seuls » face aux représailles iraniennes ayant visé des bases américaines ainsi que des infrastructures et des entreprises. Cette perception alimente le doute sur la fiabilité du parapluie sécuritaire américain.
Lorsque Donald Trump s’est retiré en 2018 du compromis de 2015 sur le nucléaire iranien, les capitales du Golfe avaient soutenu ce choix, estimant que l’accord n’encadrait ni le programme balistique iranien ni l’action de ses groupes alliés. Or l’actuel protocole n’aborde pas davantage ces sujets. Pour Karim Bitar (Sciences Po Paris), il a été « négocié à la hâte et l’Iran a fait beaucoup moins de concessions qu’en 2015 », ce qui « justifie le scepticisme » dans la région.
Positions évolutives à Abou Dhabi, Doha et Riyad
Après une trêve fragile entamée le 8 avril, plusieurs pays de la rive sud du Golfe ont rapporté des attaques sporadiques. Les Émirats arabes unis n’en ont toutefois pas signalé depuis environ un mois et ont infléchi une ligne auparavant très dure à l’égard de Téhéran. « Il s’agit d’un acteur pragmatique » qui a choisi la désescalade à mesure que les efforts diplomatiques progressaient, observe Dania Thafer (Gulf International Forum).
Le Qatar, hôte de la plus grande base américaine de la région, a refusé de négocier sous le feu mais a reçu en mai une délégation iranienne pour discuter du déblocage de fonds après un accord de paix. Des négociateurs qataris ont pris part à « 17 heures de négociations intensives » à Téhéran avant l’annonce de l’accord, selon un diplomate.
Soucieuse de sécuriser son agenda de diversification d’une économie très dépendante des hydrocarbures, l’Arabie saoudite s’est rangée aux côtés du Pakistan, de l’Égypte, du Qatar et de la Turquie en faveur d’une issue diplomatique.
Ormuz rouvre mais demeure un instrument de pression
L’Iran a accepté de rouvrir le détroit d’Ormuz, condition essentielle pour des exportateurs dont les flux de pétrole et de gaz étaient fortement contraints depuis plus de trois mois. Ce déblocage intervient après une fermeture liée à la guerre, qui avait mis en lumière la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement régionales.
Pour Neil Quilliam (Chatham House), le conflit a révélé les limites de la puissance américaine, tandis que l’Iran « a survécu à la campagne américano‑israélienne de décapitation et montré qu’il pouvait riposter et utiliser Ormuz comme levier ». Dans un entretien au New York Times, Donald Trump a par ailleurs laissé entendre que les pays du Golfe pourraient rémunérer Washington pour une protection accrue contre l’Iran.
Ces États « sont soumis à un véritable chantage aussi bien de l’Iran que des États‑Unis », estime Hasan Alhasan, pour qui « l’Iran va sans doute continuer à prendre les pays du Golfe en otage (...) dans le cadre de ses négociations avec les États‑Unis sur le dossier nucléaire ». De son côté, la politologue Dania Thafer juge que « l’Iran est affaibli, mais d’une certaine façon enhardi, parce qu’il a eu l’occasion de tester les limites de la puissance américaine ».
Pour éclairer les enjeux techniques, le mix énergétique de l’Iran demeure un paramètre clé dans l’équation régionale et le redémarrage des flux via Ormuz.