Chevron vise 600 000 barils par jour en cinq ans

Le ministre américain de l’Énergie Chris Wright était à Caracas mercredi 2 septembre, après son arrivée la veille au soir, pour accompagner une séquence d’annonces industrielles dans le pétrole vénézuélien. Il avait alors anticipé « plusieurs accords » d’entreprises et jugé que « de très bonnes années s’annoncent » avec des investissements susceptibles, selon lui, de créer des emplois et d’augmenter les salaires au Venezuela.

Chevron, partenaire historique du pays, a annoncé mercredi avoir obtenu de nouveaux gisements. Le groupe américain dit viser, pour ses trois sociétés communes au Venezuela, une production d’environ 600 000 barils par jour d’ici cinq ans, soit plus du double du niveau attendu en 2026.

Dans un communiqué publié le 2 septembre, Chevron a chiffré à plus de 7 milliards de dollars les investissements prévus sur cinq ans dans ces coentreprises. Un porte-parole d’Eni a confirmé un nouvel accord, dont les modalités devaient être rendues publiques plus tard mercredi.

Selon des sources concordantes, GE Vernova devait également annoncer un accord. Le groupe américain n’a pas répondu aux sollicitations concernant ces discussions.

Un accord bilatéral centré sur 65 milliards de barils

Le dispositif entre Washington et Caracas, annoncé par Donald Trump le 28 août, donnerait aux États-Unis un contrôle majoritaire sur plus de 65 milliards de barils de réserves vénézuéliennes. Le président américain l’a présenté comme le « plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale » et comme un moyen de doubler les réserves américaines.

Le Venezuela détient les plus importantes réserves prouvées de brut au monde, avec plus de 303 milliards de barils selon le Statistical Bulletin 2025 de l’OPEP. Sa production avait dépassé 3 millions de barils par jour à son pic, tandis que l’Agence internationale de l’énergie l’estimait à 1,12 million de barils par jour en juillet 2026 dans son Oil Market Report d’août.

Chris Wright a affirmé sur CNBC que la production vénézuélienne serait « bien supérieure à deux millions de barils par jour d’ici la fin de la décennie », en rappelant qu’elle était légèrement inférieure à un million de barils par jour au début de l’année. Cette relance s’inscrit dans la stratégie voulue par Donald Trump après le raid militaire américain de début janvier qui a permis la capture de l’ancien président Nicolas Maduro.

Les entreprises restent toutefois marquées par les précédentes ruptures juridiques dans le pays, notamment ExxonMobil, exproprié deux fois sous les régimes vénézuéliens antérieurs. « Ce que nous sommes en train de faire, c’est améliorer la confiance des entreprises privées pour venir faire affaire au Venezuela directement avec le gouvernement vénézuélien », a déclaré Chris Wright, qui a aussi mis en avant la sécurité juridique et le respect des contrats.

Caracas affiche son soutien mais l’opposition demande le texte

La présidente vénézuélienne par intérim Delcy Rodriguez a assuré que le Venezuela conserverait sa souveraineté sur les champs exploités par les États-Unis. L’Assemblée nationale, dominée par le pouvoir, ainsi que l’armée vénézuélienne ont apporté mardi leur appui à l’accord.

Le président de l’Assemblée Jorge Rodriguez, frère de la présidente par intérim, a défendu le texte en soulignant l’écart entre les réserves du pays et son rang d’exportateur. « Le Venezuela possède les premières réserves de pétrole et c’est le 20ème pays à l’exporter. Le 20ème! Et il y en a qui veulent que cet état de choses se poursuive », a-t-il déclaré.

Le député d’opposition Luis Emilio Rondon a réclamé la publication des clauses complètes. « Nous avons besoin de connaître ce qui est écrit en petites lettres (...), les clauses. Nous exigeons qu’on nous remette le texte intégral », a-t-il demandé.

En soirée, le ministre vénézuélien de la Défense, le général Gustavo Gonzalez Lopez, a approuvé le texte dans une allocution télévisée. « En un seul mot, je dirais que c’est la prospérité et le bien-être pour le pays, tout comme pour nous », a-t-il affirmé.

Washington vise aussi les influences chinoise et russe

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a présenté l’accord comme un instrument de « normalisation » de l’économie vénézuélienne, lors d’un entretien sur YouTube avec le journaliste vénézuélien Sergio Novelli. Un haut responsable américain, s’exprimant anonymement mardi, a indiqué que le dispositif avait été conçu « avant tout pour renforcer la souveraineté nationale des États-Unis », tout en soutenant qu’il devait aider le Venezuela à réussir à long terme.

Le même responsable a reconnu une dimension géopolitique dirigée contre les puissances rivales de Washington. « Cet accord est une opportunité géopolitique pour protéger des gisements qui pour l’essentiel se trouvaient largement sous l’influence d’entreprises chinoises et russes », a-t-il expliqué.

D’après les éléments fournis par la Maison Blanche, l’accord prévoit une participation de 35% dans North American Blue Energy Partners, deuxième producteur pétrolier privé du Venezuela. En contrepartie, cette entreprise donnerait à Washington la possibilité d’acheter à prix coûtant 20% de sa production, destinée à être traitée dans des raffineries américaines adaptées au brut lourd vénézuélien.