Accusée de faire cavalier seul avec son plan de soutien à 200 milliards d'euros pour protéger ménages et entreprises, l'Allemagne s'est défendue mardi des critiques européennes l'exhortant à accepter plus de solidarité financière.
"Les mesures que nous prenons sont (...) justifiées", a martelé à Berlin Olaf Scholz, le chef du gouvernement. Elles "ne sont pas isolées, et ont été prises ailleurs" en Europe, a ajouté le chancelier, soulignant également que le plan s'échelonnera "en 2023 et 2024", amoindrissant le risque de distorsions avec les autres pays de l'UE.
L'annonce par l'Allemagne la semaine dernière d'un plan national de 200 milliards d'euros pour protéger son économie contre la hausse des prix de l'énergie a irrité certains partenaires. Berlin est accusé de double langage : plaider l'austérité à Bruxelles tout en dépensant sans compter pour son propre compte.
Les commissaires européens à l'Economie et au Marché intérieur, Paolo Gentiloni et Thierry Breton, ont appelé à recourir à des instruments financiers "mutualisés au niveau européen" pour répondre à la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine.
Cannibalisme dans l'UE
Cette tribune commune publiée dans plusieurs journaux européens a lancé un débat parmi les ministres des Finances de l'UE réunis à Luxembourg, certains pays dont l'Allemagne, mais aussi l'Autriche ou la Suède ne voulant pas entendre parler de nouvelle dette commune.
"C'est l'opinion isolée de deux commissaires. J'ai l'impression que ce n'est pas l'opinion générale de la Commission européenne", a lancé le ministre autrichien Magnus Brunner.
Le montant et le caractère non coordonné de l'initiative allemande font craindre que Berlin octroie à ses entreprises un avantage par rapport à leurs concurrentes de pays n'ayant pas les moyens de financer un "bouclier" aussi massif contre la flambée des prix de l'énergie.
"L'Allemagne peut aider ses propres entreprises avec des centaines de milliards d'euros (...) mais les pays plus pauvres ne peuvent pas le faire (...) C'est le début du cannibalisme dans l'UE", a lancé le chef du gouvernement hongrois à Budapest.
A Rome, comme à Paris, on insiste sur la nécessité d'agir de façon solidaire, comme ce fut le cas durant la crise du Covid, tout en s'efforçant de ne pas épingler ostensiblement un pays partenaire.
"Nous ne pouvons plus dans les semaines et mois qui viennent avancer sans une stratégie commune", a plaidé lundi le ministre français Bruno Le Maire.
Le chef du gouvernement italien, Mario Draghi, avait réagi avec virulence la semaine dernière, en dénonçant de possibles "distorsions dangereuses et injustifiées du marché intérieur".
Le gouvernement allemand fait de son côté valoir que son plan était proportionné à la taille du pays et donc comparable aux mesures de soutien prises ailleurs, comme en France.
Crédits Covid non utilisés
Mrs Gentiloni et Breton ont proposé de "s'inspirer du mécanisme SURE", un instrument européen doté de 100 milliards d'euros qui a permis pendant la récession liée à la pandémie de soutenir les mesures de chômage partiel dans les Etats membres dans le besoin.
Il consistait en des prêts à des conditions favorables octroyés par la Commission européenne qui est en mesure d'emprunter à bon compte sur les marchés financiers.
Berlin appelle au contraire à utiliser plutôt les sommes débloquées par l'emprunt européen post-covid de 2020, dont une grande partie n'a pas encore été dépensée par les Etats européens.
"Nous avons une énorme enveloppe de 750 milliards d'euros, dont la grande majorité de l'argent n'a pas encore été utilisée, et qui peut être particulièrement efficace en ce moment", a indiqué M. Scholz.
Les ministres des Finances de l'UE ont justement discuté mardi de la mobilisation de 200 milliards d'euros de prêts non consommés dans le cadre de ce plan de relance d'un montant de 750 milliards d'euros.
Les Européens ont trouvé un accord sur la répartition de 20 milliards d'euros de subventions proposées au printemps par la Commission dans sa stratégie pour réduire la dépendance aux hydrocarbures russes.
Mais M. Gentiloni a insisté sur la nécessité d'aller plus loin. "Si nous voulons faire face à cette crise, je pense que nous avons besoin d'un niveau de solidarité plus élevé et que nous devons mettre en place des outils communs supplémentaires", a-t-il affirmé.
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