Deux détroits au cœur de la pression sur les flux pétroliers
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dirigeant de fait de l'Arabie saoudite, et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi ont insisté sur la nécessité d'assurer la liberté et la sûreté du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz et à Bab el-Mandeb, d'après la présidence égyptienne.
Bab el-Mandeb commande l'accès sud à la mer Rouge, puis au canal de Suez, sur l'axe maritime reliant l'Asie à l'Europe. Ce passage est devenu plus critique pour les exportations saoudiennes depuis que l'Iran verrouille le détroit d'Ormuz, situé à l'autre extrémité de la péninsule arabique.
Avant la guerre régionale déclenchée fin février par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, environ un cinquième des hydrocarbures mondiaux transitait par Ormuz. L'Agence internationale de l'énergie indiquait que 20 millions de barils par jour de brut et de produits pétroliers avaient emprunté ce détroit en moyenne en 2025.
Les Houthis consolident leur emprise sur la façade yéménite
Le Yémen a été entraîné en juillet dans le conflit régional, alors que les rebelles houthis, alliés de Téhéran, intensifiaient leurs opérations contre les forces progouvernementales. Début septembre, le mouvement s'est emparé de l'ensemble du littoral yéménite sur la mer Rouge, y compris la zone du détroit de Bab el-Mandeb.
Le ministère qatari des Affaires étrangères a jugé mardi qu'une fermeture de ce point de passage serait « catastrophique ». « Le monde souffre suffisamment de la fermeture du détroit d'Ormuz », a déclaré Ibrahim al-Hashmi, responsable du ministère, ajoutant que les marchés ne pouvaient pas « se permettre d'ajouter Bab el-Mandeb à cette équation ».
Les Houthis affirment de leur côté que le trafic n'est pas menacé dans le détroit, sauf pour les navires saoudiens. Une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies devait se tenir mardi à 15H00 à New York, soit 21H00 à Paris, pour examiner la situation de ce couloir maritime, avec des interventions attendues de l'Arabie saoudite et du Yémen selon une source diplomatique.
Ryad cherche des garanties militaires et diplomatiques
La défense civile saoudienne a diffusé mardi matin plusieurs alertes de risque d'attaque, notamment pour La Mecque, Jeddah et Taëf, avant de les lever rapidement. L'alerte concernant la ville sainte de La Mecque constitue une première depuis le début du conflit régional fin février.
Les Houthis avaient visé lundi le sud de l'Arabie saoudite, blessant 13 civils selon Ryad. Le royaume a riposté par une cinquantaine de frappes, d'après les rebelles, et a promis d'agir avec « responsabilité et fermeté » face à ces attaques.
Les infrastructures pétrolières saoudiennes ont également été ciblées, ce qui a contribué à faire passer les cours du brut au-dessus du seuil de 100 dollars le baril. Mardi matin, le Brent progressait encore de 2,44 %, à 108,26 dollars.
L'oléoduc Est-Ouest saoudien, utilisé pour contourner Ormuz en acheminant le brut vers les ports de la mer Rouge, est aussi à l'arrêt après des attaques de drones venues d'Irak selon les autorités saoudiennes. Rystad Energy estimait lundi que 2,6 à 4 millions de barils par jour avaient transité par cette route et le port de Yanbu en moyenne depuis la fin août.
Le canal de Suez expose directement l'Égypte à la crise
Avant son déplacement au Caire, Mohammed ben Salmane s'était entretenu lundi avec Brad Cooper, chef du Commandement central américain pour le Moyen-Orient. Mirette Mabrouk, analyste au Middle East Institute à Washington, estime que le dirigeant saoudien cherche des garanties d'une intervention égyptienne, si elle devenait nécessaire, pour protéger Bab el-Mandeb.
Pour l'Égypte, l'enjeu dépasse la sécurité maritime. Le ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty a indiqué la semaine dernière que son pays avait accumulé 11 milliards de dollars de manque à gagner sur les recettes du canal de Suez en raison de la situation régionale.
Les discussions visant à sortir du conflit régional restent bloquées. Téhéran a rejeté mardi tout dialogue avec Washington, après que Donald Trump s'est dit « ouvert » à des échanges la veille.
« Ne vous laissez pas distraire par les signaux contradictoires du président américain, qui alterne entre +pas de négociations+ et +nous sommes prêts à discuter+ », a écrit sur X Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a annoncé mardi qu'au moins 100.000 personnes avaient été déplacées au Yémen depuis la reprise des combats début septembre.