Un gallon à 5,85 dollars
Le prix moyen national du diesel a atteint 5,85 dollars le gallon, soit 3,8 litres, selon les données publiées par l’association automobile américaine AAA. Ce niveau dépasse le précédent sommet enregistré en 2022, dans le sillage du choc énergétique provoqué par l’invasion russe de l’Ukraine.
L’essence ordinaire progresse aussi aux États-Unis, avec un prix moyen de 4,15 dollars le gallon. Ce niveau reste inférieur au record de 5,05 dollars atteint en 2022 pour cette catégorie de carburant, selon AAA.
La hausse des produits pétroliers intervient alors que les cours du pétrole brut ont reflué depuis leur pic du début avril, au moment le plus tendu de la guerre au Moyen-Orient. Ils évoluent encore autour de 90 dollars le baril, après la riposte iranienne au conflit déclenché par les États-Unis, notamment le blocage du détroit d’Ormuz.
Le raffinage devient le principal point de tension
La contrainte la plus aiguë concerne les produits raffinés. Plusieurs raffineries du Golfe ont été visées par des attaques ces derniers mois, tandis que le trafic de navires transportant du pétrole ou des carburants via le détroit d’Ormuz reste inférieur à son niveau d’avant-conflit.
Les attaques ukrainiennes contre des raffineries russes ont également réduit les disponibilités de produits raffinés provenant de cette zone. Dans le même temps, plusieurs experts cités dans le marché estiment que la Chine et l’Inde, deux grands producteurs de produits pétroliers, limitent volontairement leurs exportations.
Aux États-Unis, les raffineries fonctionnent à 98% de leurs capacités pour tenter de répondre à la demande. Dans une décision nationale de dérogation sur les carburants publiée le 20 août 2026, l’Agence américaine de protection de l’environnement indiquait, à partir de données de l’EIA, que la capacité américaine de distillation de brut disponible en août 2026 était inférieure de 800 000 barils par jour à son niveau de janvier 2020.
Fin juillet, Darren Woods, PDG d’ExxonMobil, avait décrit sur CNBC une industrie confrontée à « des contraintes de capacité des raffineries ». Il avait ajouté que « Les prix à la pompe sont établies par la demande et la livraison des produits raffinés, pas du brut », ce qui explique la décorrélation actuelle entre les cours du baril et les prix des carburants.
La hausse se diffuse aux marchés européens
Le mouvement ne se limite pas aux États-Unis. Au Royaume-Uni, le litre de sans plomb a atteint vendredi 163 pence, soit environ 1,90 euro, et le diesel 185 pence, environ 2,15 euros, au plus haut depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, selon le Club automobile britannique RAC.
Le RAC estime que les prix britanniques pourraient encore progresser. En France, le SP95-E10, carburant le plus consommé, a atteint 2,090 euros le litre, son niveau le plus élevé depuis le début du conflit, selon un calcul réalisé à partir de données gouvernementales.
Cette tension touche directement les marchés de raffinage, dont les marges et les capacités disponibles déterminent le prix final des carburants. Le déséquilibre porte davantage sur les volumes transformés et livrés que sur le seul prix du baril.
Un carburant central pour le fret et l’agriculture
La sensibilité du diesel est forte dans l’économie américaine, car ce carburant alimente principalement des usages professionnels. Selon l’administration américaine de l’énergie, 75% de la consommation américaine de diesel relève du secteur des transports, tandis que l’industrie et l’agriculture en absorbent 14%.
La Réserve fédérale américaine a signalé mercredi, dans son Livre beige, que les transports et l’industrie subissaient déjà une hausse marquée de leurs coûts. Le Bureau of Labor Statistics a mesuré une inflation CPI de 3,4% sur un an en juillet 2026, ce qui maintient la question énergétique au centre des arbitrages monétaires et budgétaires.
Les entreprises disent rencontrer davantage de difficultés à répercuter les surcoûts sur leurs prix finaux. Selon l’Alliance américaine des épiceries indépendantes, le carburant représente entre 15% et 30% du coût total de certains produits alimentaires.
Derrick Austin, agriculteur en Caroline du Nord interrogé par l’AFP, juge la situation « très négatif pour la profession », en ajoutant que « les prix des engrais vont rester élevés jusqu’au moins l’année prochaine à cause du détroit d’Ormuz ». « Nous devons récupérer le maïs et le soja dans les champs et planter le blé », a-t-il déclaré, « c’est très décourageant ».