Un rendez-vous stratégique fixé au 5 octobre

Le groupe français doit détailler le 5 octobre ses nouvelles orientations lors d’une journée investisseurs organisée en format virtuel. Air Liquide indique que son communiqué sera publié à 8 h 00, avant une présentation de la direction prévue de 15 h 00 à 18 h 00.

La séquence intervient après la révélation en septembre, par le Financial Times, de la présence au capital du fonds américain Elliott. Ce dernier, qui gérait plus de 80 milliards de dollars d’actifs à fin juin, n’a ni confirmé ni démenti cette participation et n’a pas formulé publiquement de demande visant Air Liquide.

Contacté avant cette journée investisseurs, Elliott n’a pas souhaité commenter. Le fonds détient nécessairement moins de 5 % du capital, seuil à partir duquel une déclaration de franchissement doit être transmise à l’Autorité des marchés financiers.

Un groupe très suivi par les actionnaires individuels

Air Liquide occupe une place singulière dans le capitalisme français. Créé en 1902 et coté depuis 1913, le spécialiste des gaz industriels figure parmi les rares groupes français dont la capitalisation dépasse 100 milliards d’euros.

Environ un tiers du capital est détenu par près d’un million d’actionnaires individuels, une base actionnariale inhabituelle pour un grand groupe industriel coté. Cette structure confère une visibilité particulière aux annonces de politique financière, d’investissement et de rentabilité.

Le groupe emploie environ 65 000 salariés dans 59 pays. Il a dégagé en 2025 un bénéfice net record de 3,5 milliards d’euros pour 26,0 milliards d’euros de chiffre d’affaires, avec une activité répartie entre les Amériques, l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie.

Les semi-conducteurs et le spatial illustrent le rôle industriel du groupe

Air Liquide fournit des gaz, des technologies et des services à de nombreux secteurs industriels, avec une présence moins visible que celle de ses clients finaux. Sa filiale américaine Airgas a notamment fourni l’azote haute pression utilisé pour le lancement de la mission Artemis II de la Nasa.

Le groupe est aussi présent dans la chaîne d’approvisionnement des fabricants de puces et de mémoires. Ces clients consomment des gaz ultra-purs, notamment de l’azote, de l’oxygène, de l’argon et de l’hydrogène, indispensables aux procédés de fabrication des semi-conducteurs.

Air Liquide a annoncé le 30 septembre un investissement supérieur à 170 millions d’euros au Japon afin d’accompagner l’extension de capacités d’un grand fabricant de semi-conducteurs. Le projet porte sur la fourniture de gaz ultra-purs à ce client, dans un pays qui reste un pôle important de l’industrie électronique asiatique.

La productivité et l’emploi restent dans le débat

François Jackow, directeur général d’Air Liquide, conduit la transition managériale engagée avec Benoît Potier, ancien PDG et toujours président du conseil d’administration. Il a déjà indiqué vouloir poursuivre la trajectoire engagée, avant la présentation formelle du nouveau plan stratégique.

Les analystes de JP Morgan relevaient début septembre que le niveau de « chiffre d’affaires par salarié » d’Air Liquide restait inférieur à celui de son concurrent Linde, avec un écart accru depuis 2019. Dans leur note, ils estimaient que la direction avait déjà lancé des « initiatives significatives en matière de productivité », tout en jugeant possible l’existence d’une marge de manœuvre supplémentaire.

En février, Air Liquide avait mis en avant un niveau record d’« efficacités », définies comme des « réductions pérennes des coûts », à 631 millions d’euros en 2025. Le groupe indiquait aussi viser en 2026 une hausse de 100 points de base de sa marge opérationnelle, ainsi qu’une croissance du résultat net récurrent à taux de change constant.

La CGT du groupe en région parisienne a publié mi-mai un communiqué affirmant qu’Air Liquide avait supprimé « près de 2.000 emplois » en France depuis 2023, en dénonçant « une logique de profit à tout prix, au mépris des travailleur.euse.s et de l'intérêt général ». La direction n’a pas confirmé ces chiffres ; la documentation du groupe fait état de 11 346 salariés en France en 2025, contre 11 940 un an plus tôt.