Un trimestre dopé par la hausse du brut

Le groupe saoudien, pilier de l’économie du royaume et l’une des entreprises les mieux valorisées au monde, a dégagé 122,6 milliards de rials saoudiens de bénéfice net au deuxième trimestre 2026, soit 32,7 milliards de dollars. Un an plus tôt, ce résultat atteignait 85 milliards de rials, équivalant à 22,67 milliards de dollars.

Aramco attribue cette progression à un environnement de prix très favorable pour le pétrole, malgré des volumes vendus inférieurs. Dans son rapport semestriel publié le 4 août, le groupe indique que son prix moyen réalisé pour le brut a atteint 108,1 dollars par baril au deuxième trimestre 2026, contre 66,7 dollars par baril sur la même période de 2025.

Le bénéfice net du premier semestre s’établit à 244,6 milliards de rials, soit 65,2 milliards de dollars, contre 182,6 milliards de rials au premier semestre 2025, selon les comptes d’Aramco. Le conseil d’administration a aussi déclaré un dividende de base de 21,9 milliards de dollars au titre du deuxième trimestre, à verser au troisième trimestre.

Le détroit d’Ormuz pèse sur les flux

Ces résultats s’inscrivent dans le contexte de la guerre contre l’Iran, lancée fin février par les États-Unis et Israël, qui a provoqué une réduction brutale de l’approvisionnement pétrolier mondial et une forte tension sur les prix. Les marchés restent affectés par le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran, corridor par lequel transite environ un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

La volatilité est également nourrie par la reprise des hostilités en juillet et par les attaques menées par les rebelles houthis du Yémen, alliés de l’Iran, contre des navires saoudiens en mer Rouge. Le pétrole et le gaz restent les deux marchés énergétiques les plus directement exposés aux perturbations régionales.

« Malgré les perturbations sans précédent de l’approvisionnement via le détroit d’Ormuz, nous avons continué à démontrer notre capacité à assurer la continuité de nos activités », a déclaré Amin H. Nasser, PDG d’Aramco. Il a cité la « diversité de nos actifs et une planification menée depuis plusieurs décennies, notamment grâce à des infrastructures stratégiques telles que l’oléoduc est-ouest, nos capacités de stockage et nos terminaux d’exportation ».

L’oléoduc est-ouest devient un actif clé

L’économie saoudienne a bénéficié de la possibilité de réorienter une partie de ses exportations vers la côte de la mer Rouge, en contournant Ormuz grâce au vaste oléoduc est-ouest. Aramco avait indiqué en mai que cette infrastructure avait atteint au premier trimestre sa capacité maximale de 7,0 millions de barils par jour.

Le centre de réflexion saoudien Jadwa estime que la production pétrolière du royaume est descendue de 10,1 millions de barils par jour en janvier à 6 millions début avril, avant de remonter à 7,1 millions en juin. Aramco a indiqué que « l’incertitude persistante dans la région » s’était traduite par une hausse des prix des hydrocarbures, des volumes vendus plus faibles et de meilleures marges de raffinage qu’au trimestre précédent.

Le rapport semestriel du groupe fait état de 521,8 milliards de rials de chiffre d’affaires et autres revenus liés aux ventes au deuxième trimestre 2026, contre 407,1 milliards de rials un an plus tôt. Aramco y explique cette hausse par le niveau plus élevé des prix du brut, des produits raffinés et de la pétrochimie, partiellement compensé par des volumes vendus plus bas.

Les attaques s’étendent aux infrastructures énergétiques

Les Houthis ont annoncé le mois dernier un blocus maritime contre l’Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite, et ont attaqué des pétroliers saoudiens en mer Rouge. Ces actions ont relancé les interrogations sur la capacité du royaume à maintenir des volumes importants d’exportation vers les marchés internationaux.

Les rebelles yéménites ont aussi revendiqué plusieurs attaques contre des installations énergétiques saoudiennes. Ryad a de son côté accusé des milices irakiennes soutenues par l’Iran d’avoir ciblé ses infrastructures pétrolières.

Lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes mardi, Amin H. Nasser a affirmé que les frappes visant l’Arabie saoudite en juillet n’avaient pas eu d’« impact significatif » sur les capacités de production du premier exportateur mondial de brut. Les attaques recensées depuis le début du conflit ont visé des sites à Ryad, dans la province orientale et dans la ville portuaire et industrielle de Yanbu.

Les cibles mentionnées couvrent des infrastructures de production, de transport et de raffinage du pétrole et du gaz, ainsi que des installations pétrochimiques et des centrales électriques. Le Golfe, riche en hydrocarbures, est également visé par des attaques iraniennes en réponse aux frappes américaines, qui se poursuivent.

Donald Trump critique les bénéfices des majors

La publication des comptes d’Aramco intervient après les déclarations de Donald Trump contre les compagnies pétrolières américaines, accusées lundi 3 août de profiter des pénuries. « Cela ne me plaît pas. Ils sont en train de faire trop d’argent. En profitant des pénuries, ils se font trop d’argent », a déclaré le président américain à la Maison Blanche.

Donald Trump a demandé aux groupes américains de baisser leurs prix. Vendredi, ExxonMobil et Chevron avaient déjà publié des bénéfices en forte hausse, eux aussi soutenus par la guerre au Moyen-Orient et par la tension sur les marchés pétroliers.