Une panne devenue dossier de responsabilité politique
Le maire-gouverneur de Berlin Kai Wegner a annoncé vendredi 10 juillet qu'il ne conduirait plus la liste de l'Union démocrate-chrétienne aux élections du 20 septembre. Âgé de 53 ans, il dirigeait depuis avril 2023 l'exécutif de la capitale allemande avec les sociaux-démocrates.
« Je renonce à être tête de liste », a déclaré Kai Wegner lors d'une conférence de presse. Le responsable CDU a reconnu que la controverse née de la panne électrique dominait désormais sa campagne : « Je n'y arrive plus, je ne parviens plus à faire passer des messages, parce qu'un autre débat prend le dessus sur tout le reste ».
La crise remonte au 3 janvier, lorsqu'un incendie criminel visant une installation électrique dans le sud-ouest berlinois a privé de courant plus de 100 000 personnes. Selon l'administration berlinoise, 45 400 foyers et 2 200 clients professionnels ont été touchés dans les secteurs de Nikolassee, Zehlendorf, Wannsee et Lichterfelde, au sein du réseau de distribution exploité par Stromnetz Berlin.
La coupure, survenue pendant une vague de froid, a affecté le chauffage de certains habitants, les communications mobiles, l'accès internet et les transports publics. Stromnetz Berlin a indiqué le 8 janvier que l'ensemble des ménages et clients professionnels concernés avaient été réalimentés, après plusieurs jours d'interventions et de réalimentations provisoires.
Le relevé téléphonique affaiblit sa défense
Kai Wegner a été critiqué pour ne pas s'être rendu auprès des habitants privés d'électricité le jour de la panne. La polémique s'est cristallisée autour d'une partie de tennis effectuée à la mi-journée, rapidement surnommée « tennisgate » par ses détracteurs.
Le maire-gouverneur avait expliqué avoir été plus utile en coordonnant la réponse depuis son domicile, par téléphone, et avait affirmé à plusieurs reprises avoir travaillé ainsi dès 8 heures. Le journal Tagesspiegel a toutefois obtenu par voie judiciaire les relevés de communications du maire, qui indiquent, selon le quotidien, qu'aucun appel officiel n'a été passé avant 12 h 45, les échanges antérieurs ayant eu lieu par SMS.
Ces éléments ont relancé les attaques des autres formations politiques. Le candidat social-démocrate Steffen Krach a estimé que Kai Wegner avait « gravement porté atteinte » à sa fonction et s'était « disqualifié ».
Le responsable CDU a admis vendredi une faute dans sa gestion publique de l'épisode. « Oui, j'ai commis des erreurs de communication » et « c'était vraiment une bêtise », a-t-il déclaré, après avoir déjà reconnu des erreurs fin mars.
La CDU cherche une issue avant le 20 septembre
La décision intervient alors que la CDU berlinoise recule fortement dans les intentions de vote. Dans le BerlinTrend publié le 1er juillet par Infratest dimap pour le rbb, la gauche radicale atteignait 20 % des intentions de vote, devant les écologistes à 19 %, l'AfD à 18 %, la CDU à 17 % et le SPD à 13 %.
Kai Wegner n'a pas désigné de successeur préféré pour mener la campagne. Le sénateur aux Finances Stefan Evers, également membre de la CDU, était donné favori vendredi soir pour reprendre la tête de liste.
Berlin, à la fois capitale fédérale et Land, aborde le scrutin avec des finances publiques contraintes et des services urbains régulièrement contestés. Les oppositions mettent en avant les chantiers qui s'étirent, les défaillances du ramassage des déchets, la pénurie de logements et la hausse rapide des loyers.
La crise berlinoise intervient dans un contexte national défavorable à la CDU du chancelier Friedrich Merz, également alliée au SPD au niveau fédéral. Dans l'ARD DeutschlandTrend publié en juillet, l'AfD était créditée de 27 % au niveau national contre 22 % pour l'Union CDU-CSU, tandis que 13 % des personnes interrogées se déclaraient satisfaites du travail de Friedrich Merz.
Deux autres scrutins régionaux sont prévus en septembre dans l'est de l'Allemagne, en Saxe-Anhalt le 6 septembre et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale le 20 septembre, deux Länder où l'AfD figure parmi les forces les mieux placées dans les enquêtes d'opinion.