Une filière d’importation frauduleuse depuis les États-Unis

La procureure générale du Mexique, Ernestina Godoy, a présenté jeudi 16 juillet le dossier comme celui « du plus grand réseau de contrebande de carburant détecté à ce jour ». Selon le parquet général, la filière utilisait des wagons-citernes pour faire entrer au Mexique des produits pétroliers en provenance des États-Unis.

Les sociétés visées déclaraient officiellement importer des dérivés de pétrole issus de raffineries situées au Texas. À l’arrivée sur le territoire mexicain, elles auraient minoré les volumes réellement transportés ou enregistré des produits différents de ceux contenus dans les convois.

Le carburant échappait ensuite aux contrôles douaniers, d’après les autorités mexicaines. Il était distribué surtout dans les États du nord du pays, avant d’être transféré par camion vers d’autres régions.

Ernesto Ruffo présenté comme l’un des responsables

L’enquête a conduit à l’arrestation d’Ernesto Ruffo, ancien gouverneur de l’État frontalier de Basse-Californie. La procureure générale a indiqué que l’organisation opérait à travers une entreprise de services portuaires fondée par M. Ruffo.

Membre du Parti action nationale, formation conservatrice mexicaine, Ernesto Ruffo avait marqué la vie politique nationale en 1989. Il était alors devenu le premier gouverneur d’opposition élu démocratiquement au Mexique.

Le parquet rattache ce dossier au « huachicol fiscal », expression utilisée au Mexique pour désigner la contrebande de carburant par fraude déclarative ou fiscale. Selon le parquet général, cette activité figure parmi les plus lucratives pour les réseaux criminels, aux côtés du narcotrafic.

Des flux financiers en milliards de pesos et de dollars

Ernestina Godoy a fait état de transferts supérieurs à 3 milliards de pesos dans les mouvements financiers attribués au réseau. Les autorités ont aussi identifié des opérations de change dépassant 1,3 milliard de dollars.

Le premier coup porté à cette structure remonte à mars 2025, avec la saisie de 10 millions de litres de carburant illicite dans l’État de Tamaulipas, lui aussi situé à la frontière avec les États-Unis. Cette opération avait ouvert une séquence d’enquêtes visant les circuits logistiques et financiers du trafic.

Le Service d’administration fiscale mexicain a annoncé le 27 mars 2026 l’entrée en vigueur, le 24 avril 2026, d’un complément de facturation électronique destiné aux hydrocarbures et produits pétroliers. Ce dispositif, intégré au Comprobante Fiscal Digital por Internet, vise à renforcer la traçabilité commerciale et fiscale des carburants, selon le SAT.

Des fonctionnaires et des militaires déjà mis en cause

Le dossier a déjà touché des hauts fonctionnaires publics ainsi que des membres de la Marine, selon le parquet général. En septembre 2025, 14 personnes liées à l’un de ces réseaux avaient été arrêtées, dont cinq marins.

Un contre-amiral soupçonné d’implication dans ce trafic avait ensuite été interpellé en Argentine en avril 2026, alors qu’il était en fuite. Le parquet mexicain rattache ces arrestations successives à la même lutte contre les circuits de contrebande de carburant opérant entre les États-Unis et le Mexique.