Des accords attendus à Caracas

Le ministre américain de l’Énergie est arrivé mardi 1er septembre vers 20 h 30, heure locale, à l’aéroport international de Maiquetia, qui dessert Caracas. À son arrivée, Chris Wright a indiqué que « plusieurs accords » devaient être annoncés mercredi et qu’ils conduiraient à plus que doubler la production pétrolière du Venezuela au cours des prochaines années.

Le responsable américain a associé ces annonces à l’arrivée de capitaux étrangers, à la création d’emplois et à une progression des salaires au Venezuela. Le sous-sol du pays contient plus de 300 milliards de barils de pétrole estimés, soit les plus importantes réserves mondiales, mais la production actuelle reste proche de 1,2 million de barils par jour, contre plus de 3 millions de barils par jour lors de son pic historique.

Donald Trump a annoncé le 28 août un accord prévoyant, selon lui, une prise de contrôle majoritaire américaine sur plus de 65 milliards de barils de réserves vénézuéliennes. Il l’a présenté comme le « plus grand accord pétrolier de l'histoire mondiale » et comme un mécanisme destiné à doubler les réserves des États-Unis.

Caracas affiche son soutien politique et militaire

Au Venezuela, l’Assemblée nationale, dominée par le pouvoir, a voté mardi son soutien au texte. Son président Jorge Rodriguez, frère de la présidente par intérim Delcy Rodriguez, a défendu l’accord en soulignant l’écart entre le rang du pays pour ses réserves et sa position d’exportateur : « Le Venezuela possède les premières réserves de pétrole et c'est le 20e pays à l'exporter. Le 20e ! Et il y en a qui veulent que cet état de choses se poursuive ».

Le député d’opposition Luis Emilio Rondon a réclamé la publication complète du document : « Nous avons besoin de connaître ce qui est écrit en petites lettres (...), les clauses. Nous exigeons qu'on nous remette le texte intégral ». Delcy Rodriguez avait auparavant affirmé que le Venezuela conserverait sa souveraineté sur les champs pétroliers exploités par les États-Unis.

L’armée, acteur central du système politique vénézuélien, a aussi approuvé l’accord mardi soir. Le ministre vénézuélien de la Défense, le général Gustavo Gonzalez Lopez, a déclaré lors d’une allocution télévisée : « Nous accompagnons, approuvons et sommes d'accord avec l'ensemble des termes du récent accord stratégique (...) En un seul mot, je dirais que c'est la prospérité et le bien-être pour le pays, tout comme pour nous ».

Une architecture centrée sur NABEP

D’après des éléments fournis par la Maison Blanche, l’accord prévoit une participation de 35 % dans North American Blue Energy Partners, deuxième plus importante société pétrolière privée du Venezuela, propriété de l’homme d’affaires Alejandro Betancourt. La Maison Blanche a précisé le 31 août que le dispositif portait sur 17 champs pétroliers associés à environ 65 milliards de barils de réserves prouvées.

En contrepartie, Washington disposerait de la possibilité d’acheter à prix coûtant 20 % de la production de cette entreprise. Ce brut, particulièrement visqueux, doit être traité dans des raffineries américaines adaptées à ce type de pétrole lourd.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a affirmé que l’accord visait à « normaliser » l’économie vénézuélienne, dans un entretien diffusé sur YouTube avec le journaliste vénézuélien Sergio Novelli. Chris Wright avait aussi déclaré mardi que le dispositif avait été conçu « avant tout pour renforcer la souveraineté nationale des Etats-Unis », tout en visant à placer le Venezuela « en position de réussite à long terme ».

Le ministre américain a reconnu un objectif stratégique face aux concurrents de Washington : « Cet accord est une opportunité géopolitique pour protéger des gisements qui pour l'essentiel se trouvaient largement sous l'influence d'entreprises chinoises et russes ». Depuis le raid militaire américain ayant conduit début janvier à la capture de l’ex-président Nicolas Maduro, Donald Trump cherche à relancer l’exploitation des ressources pétrolières et gazières vénézuéliennes sous patronage américain.

Sanctions assouplies et rôle attendu de Chevron

L’embargo américain sur le pétrole brut vénézuélien est entré en vigueur en 2019. Depuis l’intervention de janvier, l’administration Trump assouplit graduellement les sanctions visant le pays, dans un contexte où les énergies fossiles restent au centre de la stratégie extérieure américaine.

Chevron, pilier de la production au Venezuela, s’apprête à faire mercredi une « annonce importante », selon une source proche des négociations. La compagnie pétrolière a produit 270 000 barils par jour dans le pays en juillet et n’a pas souhaité commenter cette information.

Donald Trump cherche parallèlement à contenir la hausse des prix à la pompe aux États-Unis, sujet politique majeur avant les élections de mi-mandat prévues début novembre. North American Blue Energy Partners a indiqué le 31 août que l’accord pourrait mobiliser près de 100 milliards de dollars d’investissements pour commercialiser plus de 65 milliards de barils de réserves P1 au Venezuela.