Le détroit d’Ormuz redevient le point dur du conflit
La nouvelle séquence militaire s’est ouverte après des attaques menées mardi contre des navires qui tentaient de franchir le détroit d’Ormuz. Téhéran veut conserver le contrôle instauré sur ce passage dès les premiers jours de la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines contre l’Iran.
La République islamique a annoncé ce week-end une nouvelle fermeture du détroit jusqu’à nouvel ordre. Les États-Unis affirment au contraire que le passage reste ouvert, alors que le protocole d’accord signé le 17 juin prévoyait une réouverture de cette voie maritime.
Le texte de mi-juin avait entériné le cessez-le-feu entré en vigueur en avril, après près de 40 jours de bombardements. « Il ne fait aucun doute que ce document est en crise. Mais l’Iran n’a jamais été le premier à violer ses engagements », a déclaré lundi à Téhéran le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï.
Avant le conflit, environ un cinquième du brut mondial transitait par Ormuz. L’Energy Information Administration américaine estime que les flux pétroliers passant par le détroit ont atteint en moyenne 20 millions de barils par jour en 2024, soit près de 20% de la consommation mondiale de liquides pétroliers.
Les prix du pétrole réintègrent la prime de risque
L’annonce iranienne a immédiatement pesé sur les marchés pétroliers. Le Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre progressait de près de 4%, à 78,91 dollars le baril, peu après 06H45 GMT lundi.
Selon Andreas Lipkow, analyste chez CMC Markets, « avec la rupture des négociations et la fin de la trêve, la guerre au Moyen-Orient est désormais revenue de plein fouet » sur les marchés « en tant que facteur de risque ». La hausse intervient après un reflux du trafic observé à la suite des nouvelles frappes, alors que les passages de navires avaient atteint leur niveau le plus élevé depuis fin février après la signature de l’accord.
Le protocole prévoyait une normalisation du trafic, mais Téhéran n’autorise actuellement qu’un seul couloir de navigation le long de ses côtes. Les autorités iraniennes menacent les navires qui contournent cet itinéraire et veulent instaurer des droits de passage, sans revenir au régime d’avant-guerre.
L’Agence internationale de l’énergie indique que 20 millions de barils par jour de brut et de produits pétroliers ont transité en moyenne par Ormuz en 2025. Elle rappelle que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent de certaines voies d’exportation hors du détroit, contrairement à l’Iran, l’Irak, le Koweït, le Qatar et Bahreïn, qui en dépendent pour l’essentiel de leurs exportations pétrolières.
Washington cible les capacités iraniennes autour du passage
Dans la nuit de dimanche à lundi, la région a connu une quatrième vague de frappes en quelques jours. Le commandement américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a indiqué que les forces américaines avaient visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations.
Des médias d’État iraniens ont rapporté des frappes sur de vastes secteurs de l’ouest et du sud de l’Iran, dont l’île de Qeshm et Bandar Abbas, au niveau d’Ormuz, ainsi que la province du Khouzistan, frontalière de l’Irak. L’agence Mehr a aussi signalé lundi matin de nouvelles explosions près du détroit.
À Mahchahr, dans le sud-ouest du pays, une frappe américaine contre une station de pompage d’eau agricole a tué au moins une personne et blessé quatre autres, selon un responsable local cité par Mehr. Washington affirme chercher à empêcher Téhéran « d’attaquer les équipages civils et navires commerciaux » dans le détroit.
Les États-Unis accusent notamment l’Iran d’avoir touché pendant le week-end un porte-conteneurs battant pavillon chypriote. Vingt-trois membres d’équipage ont été évacués et un vingt-quatrième est porté disparu.
Les médiateurs tentent d’éviter une nouvelle escalade
En représailles aux frappes américaines, les Gardiens de la Révolution ont affirmé avoir bombardé des installations américaines situées à Oman, à Bahreïn, au Koweït et en Jordanie. La diplomatie iranienne accuse Washington d’avoir provoqué le « retour de l’insécurité » dans le détroit.
L’Iran assure toutefois poursuivre les consultations avec le Qatar, le Pakistan et Oman, médiateurs du dossier, afin de « prévenir une escalade » avec les États-Unis. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a appelé les deux parties à « la plus grande retenue » et à « reprendre d’urgence les négociations ».
Bader Al-Saif, chercheur à l’université du Koweït, estime que l’état formel du protocole importe moins que la clarification de ses termes. « Que le protocole d’accord soit mort ou vivant est sans importance, au vu des multiples interprétations dont il a fait l’objet. Les deux parties doivent parvenir à des termes plus clairs », analyse-t-il, en soulignant « le rôle crucial des médiateurs et de la communauté internationale ».
Le conseiller militaire du guide suprême iranien, Mohsen Rezaï, cité par l’agence Isna, a présenté le détroit comme un actif stratégique majeur pour Téhéran : « Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d’Iran le protégera ».