Un possible « transit important pour le pétrole qui vient d'Irak »

Le président-directeur général de TotalEnergies Patrick Pouyanné s'exprimait mardi à Damas, en marge de la visite d'Emmanuel Macron en Syrie. Il a estimé que le pays pouvait devenir un « pays de transit important pour le pétrole qui vient d'Irak vers la Méditerranée » et contribuer à créer des « routes alternatives » au détroit d'Ormuz.

Le dirigeant a relié cette analyse au blocage récent du passage maritime du Golfe pendant la guerre américano-israélienne contre l'Iran. « Ce qui vient de passer avec le détroit d'Ormuz » donne à la Syrie « plus d'importance », a-t-il déclaré, car les investisseurs au Moyen-Orient devront selon lui rechercher des itinéraires de substitution.

Le détroit d'Ormuz a vu passer en moyenne un trafic de 20 millions de barils par jour de pétrole brut et de produits pétroliers en 2025, selon l'Agence internationale de l'énergie.

Bagdad et Damas réexaminent un ancien corridor

Début avril, l'Irak avait annoncé le transport de pétrole par camions à travers le territoire syrien en vue d'une réexportation, dans le contexte de la fermeture d'Ormuz. Les deux pays ont également discuté récemment d'une remise en service de l'oléoduc qui les reliait, infrastructure arrêtée depuis plusieurs décennies.

Cette option répondrait à une contrainte structurelle pour Bagdad, dont les exportations du Sud dépendent largement du Golfe. Patrick Pouyanné a toutefois insisté sur les limites immédiates imposées par l'environnement syrien. « Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas », a-t-il dit à des journalistes.

TotalEnergies reste au stade des contacts

Les propos du dirigeant ont été tenus peu avant l'annonce de l'explosion de deux bombes près de l'hôtel où Emmanuel Macron avait passé la nuit. Le ministère syrien de l'Intérieur a fait état de 18 blessés après ces explosions, survenues alors que le président français poursuivait ses entretiens officiels.

Patrick Pouyanné a présenté sa venue comme une prise de contact avec les nouvelles autorités syriennes, la première depuis la fin de la guerre civile en 2024. « C'est un pays qui est à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient », a-t-il ajouté.

Le groupe français ne revendique pas de projet opérationnel supplémentaire en Syrie à ce stade. Patrick Pouyanné a souligné que TotalEnergies avait signé un mémorandum d'entente pour un bloc d'exploration offshore en Méditerranée, sans autre engagement spécifique annoncé dans le pays.

Le dirigeant a appelé à ne pas précipiter le calendrier politique et industriel après plus de 13 ans de guerre civile. « Laissons au gouvernement le temps de prendre le contrôle de ce pays. Il ne faut pas trop demander », a-t-il déclaré, en ajoutant qu'« il faut être un peu patient ».