Hausse des prix de l'énergie, débat sur les salaires : des inquiétudes sur le pouvoir d'achat reprennent de la vigueur en cette rentrée, et la pression monte sur le gouvernement à sept mois de l'élection présidentielle.
C'est l'accélération de l'inflation, surtout due à la remontée des prix de l'énergie et donc à la flambée de ceux des carburants, qui a réveillé les craintes cet été.
En parallèle, le tarif réglementé du gaz a aussi bondi de près de 10% en juillet, de 5% en août et encore de 8,7% au 1er septembre. Le sujet est sensible, car l'énergie constitue une des principales dépenses contraintes des ménages, en particulier les plus modestes, et a déjà été le déclencheur du mouvement des gilets jaunes fin 2018.
Pourtant, c'est une des originalités de la crise sanitaire : malgré une chute brutale de l'activité économique l'an dernier (- 8%), le pouvoir d'achat des ménages a été globalement préservé (+ 0,4%), selon l'Insee, et devrait encore progresser de 1,8% cette année, grâce au soutien public massif. Et les ménages ont accumulé plus de 140 milliards d'euros d'épargne supplémentaire depuis le début de la crise.
"Nous ne sommes pas dans une situation dramatique du pouvoir d'achat liée à la crise sanitaire", résume Emmanuel Jessua, économiste à l'institut Rexecode. "Mais il peut y avoir un sujet sur les dépenses contraintes des ménages, qui sont notamment l'énergie et le logement, qui peut expliquer les inquiétudes sur leur pouvoir d'achat", ajoute-t-il. "La problématique n'est pas tellement celle du pouvoir d'achat que celle des inégalités" en matière de salaires qui sont pas nouvelles abonde Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
Face à ces inquiétudes, le gouvernement multiplie les prises de parole, pour rassurer sur une inflation qu'il juge temporaire, comme beaucoup d'économistes, mais aussi pour pousser les entreprises à augmenter les bas salaires. Bruno Le Maire les a notamment interpellées lors du grand évènement annuel du Medef fin août. Si les entreprises n'évacuent pas complètement le sujet, elles pointent les coûts qu'une telle hausse engendrerait.
"Si les salaires augmentent, les prix vont augmenter", a notamment mis en garde le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux, en évoquant l'hôtellerie-restauration. La pression vient aussi des syndicats, qui font des salaires un des sujets de la rentrée sociale.
Pas de coup de pouce au SMIC
Sauf qu'hormis dans la fonction publique, où des revalorisations sont prévues dans l'éducation et la santé, le gouvernement a peu de marges de manœuvre budgétaires, avec des finances publiques exsangues du fait de la crise. Bruno Le Maire a seulement défendu lundi le dispositif du chèque-énergie, versé à plus de 5,8 millions de ménages, estimant qu'il est "une des solutions appropriées face à l'augmentation des prix de l'énergie".
Il a aussi confirmé la création d'un chèque alimentaire durable pour les plus modestes, sans doute l'an prochain. Il a aussi rappelé que le gouvernement avait déjà agi pour les bas salaires, par exemple en augmentant la prime d'activité.
Et une augmentation du Smic, au-delà de la possible revalorisation automatique du 1er octobre? Ce serait une première depuis 2012, mais une mauvaise idée selon le ministre de l'Économie. "Donner un coup de pouce (au Smic) c'est aussi donner un coup de canif au redressement de l'emploi", a-t-il martelé lundi sur RMC et BFMTV, alors que le sujet est au cœur des propositions de la gauche pour l'élection présidentielle. La France insoumise ou le PCF défendent une nette augmentation du Smic, quand le candidat à la primaire écologiste Eric Piolle veut rehausser d'au moins 10% les salaires.
À droite, c'est la baisse des cotisations sociales qui a les faveurs des candidats, associée à une nouvelle réduction des impôts de production payés par les entreprises. "Forcément, le pouvoir d'achat sera un des sujets de la présidentielle. D'ailleurs on voit bien que c'était un sujet extrêmement prégnant bien avant la crise, avec le mouvement des gilets jaunes qui exprimait cette aspiration à pouvoir vivre convenablement des revenus de son travail", analyse Emmanuel Jessua.
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