L’uranium australien reste difficile à mobiliser
Le Premier ministre indien doit aborder avec les autorités australiennes l’accès aux ressources minières nécessaires à l’expansion du parc nucléaire civil de l’Inde. New Delhi veut accroître fortement sa capacité nucléaire pour répondre à la demande électrique d’un pays de 1,4 milliard d’habitants.
L’Australie représente un fournisseur potentiel majeur : elle concentre 28% des ressources mondiales d’uranium, selon l’Association nucléaire mondiale. L’organisation indique aussi, dans ses données actualisées en mai 2026, que le gouvernement indien vise 100 GWe de capacité nucléaire installée en 2047, année du centenaire de l’indépendance du pays.
Un accord bilatéral sur l’énergie atomique a été conclu en 2015 afin d’ouvrir la voie à des ventes d’uranium australien à l’Inde. Le commerce reste toutefois quasi nul entre les deux pays, en raison de barrières juridiques encore présentes. La politique australienne d’exportation de l’uranium naturel impose que les livraisons soient destinées exclusivement à des usages pacifiques et encadrées par un accord bilatéral de garanties, rappelle le ministère australien des Affaires étrangères. Pour l’Inde, non signataire du traité de non-prolifération nucléaire, Canberra applique ainsi une exception liée à la décision prise en 2008 par le Groupe des fournisseurs nucléaires et aux garanties de l’AIEA sur les installations civiles indiennes.
Le lithium, autre ressource recherchée par l'Inde
La question de l’uranium demeure politiquement sensible dans la relation bilatérale. « L’uranium a toujours été un sujet sensible » entre les deux pays, rappelle Teesta Prakash, de l’Institut Australie-Inde de Melbourne, qui résume la demande de New Delhi ainsi : « L’Inde demande à l’Australie de l’expédier en Inde. Mais l’Australie le souhaite-t-elle ? »
Le lithium figure aussi parmi les ressources recherchées par l’Inde. Ce métal est indispensable à la fabrication des batteries, en particulier pour les véhicules électriques, et l’Australie dispose d’importantes réserves dans son sous-sol. Geoscience Australia évaluait à 4 601 kt de lithium les réserves minières australiennes prouvées et probables à fin 2024 (avec une production minière australienne estimée à 108 kt de lithium en 2024), dans son inventaire national publié en 2025.
Ces discussions s’inscrivent dans une stratégie plus large de diversification des chaînes d’approvisionnement hors de Chine. Canberra et New Delhi ont renforcé leurs liens ces dernières années, avec un intérêt commun pour les matières premières critiques, l’énergie bas-carbone et les débouchés industriels en Asie-Pacifique.
La défense aussi au programme
La défense doit également occuper une place importante dans les entretiens. L’Australie et l’Inde participent au Quad avec les États-Unis et le Japon, un format de coopération conçu comme contrepoids à l’influence chinoise dans la région Asie-Pacifique. Les deux capitales cherchent à consolider leurs partenariats sécuritaires et commerciaux dans un environnement régional marqué par la rivalité avec Pékin. Cette convergence explique le rapprochement observé ces dernières années entre Canberra et New Delhi.
Narendra Modi doit aussi bénéficier d’un accueil très mobilisateur de la diaspora indienne à Melbourne. Les organisateurs attendent plus de 20 000 personnes dans un stade de la ville, après un événement comparable organisé en 2023 dans une grande salle de Sydney. Après l’Australie, le chef du gouvernement indien doit poursuivre son déplacement en Nouvelle-Zélande.