Une visite dominée par la sécurité et l’énergie
Ali al-Zaidi est arrivé lundi aux États-Unis pour un déplacement d’une semaine, son premier voyage à l’étranger depuis sa prise de fonction en avril. Le dirigeant irakien doit être reçu mardi 14 juillet par le président américain et rencontrer aussi des représentants de compagnies pétrolières.
Cette séquence diplomatique intervient alors que les affrontements ont repris entre l’Iran et les États-Unis, deux partenaires majeurs de Bagdad. L’Irak reste exposé à leur rivalité, qui a fait du pays un espace d’affrontements indirects depuis plusieurs années.
Ancien homme d’affaires, Ali al-Zaidi est arrivé au pouvoir avec le soutien de Donald Trump. Il promet de relancer une économie vulnérable, encore très dépendante des revenus tirés des exportations de brut.
Le désarmement des groupes pro-iraniens reste le test politique
La principale pression américaine porte sur les groupes armés irakiens proches de Téhéran, accusés par Washington d’avoir conduit des centaines d’attaques contre des infrastructures américaines en Irak pendant la guerre au Moyen-Orient. Ce conflit a été déclenché fin février par des frappes israélo-américaines visant l’Iran.
Dans une tribune publiée le 12 juillet dans le Washington Post, Ali al-Zaidi a affirmé que son gouvernement était « déterminé à faire en sorte que l’Etat détienne le monopole légitime de l’usage de la force ». Le Premier ministre présente cette condition comme indispensable pour attirer les capitaux étrangers.
Bagdad a fixé au 30 septembre l’échéance donnée aux groupes armés, classés organisations terroristes par les États-Unis, pour déposer les armes. Cette date correspond aussi au retrait prévu d’Irak de la coalition internationale dirigée par Washington contre l’organisation État islamique, présente depuis 2014.
Un haut responsable irakien, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a toutefois estimé que le rapprochement actuel avec Washington ne « signifie pas que l’Irak tourne le dos à l’Iran ». Selon lui, l’Irak « doit maintenir l’équilibre en vigueur de longue date » entre ses alliés.
Bagdad tente de préserver son équilibre régional
La semaine précédant la visite, les villes saintes chiites irakiennes ont accueilli de vastes cortèges lors des funérailles de l’ancien guide suprême iranien Ali Khamenei, tué dans les frappes menées en Iran fin février. Dans sa tribune, Ali al-Zaidi a écrit que l’Irak se tenait « à l’écart des positionnements régionaux et des conflits » et choisissait « la voie du développement ».
Les groupes armés pro-iraniens ne réagissent pas de manière uniforme à la demande de désarmement. Certains ont indiqué qu’ils coopéreraient avec les autorités irakiennes, tandis que d’autres refusent encore de rendre leurs armes.
Le haut responsable irakien a jugé que « Tant qu’il y a une guerre dans la région, ni eux ni l’Iran n’accepteront » le désarmement. Ces formations, dont l’influence politique et financière s’est accrue avec les années, réclament depuis longtemps le départ des troupes américaines engagées dans la coalition antijihadiste.
La Résistance islamique en Irak, nébuleuse de groupes armés pro-Iran, a contesté le déplacement du Premier ministre à Washington. Elle a mis en garde contre le « remplacement d’une occupation militaire par une forme encore plus dangereuse d’occupation économique ».
Le pétrole structure les négociations avec Washington
En signe d’appui à Ali al-Zaidi, Washington a repris les transferts de liquidités liés aux revenus pétroliers irakiens, administrés par la Réserve fédérale de New York depuis l’invasion américaine de 2003. Ces envois avaient été suspendus plus tôt cette année afin d’accentuer la pression sur Bagdad au sujet des groupes pro-iraniens.
L’Irak cherche à sortir de décennies de violences, mais ses infrastructures, ses services publics et sa gouvernance restent fragilisés par la corruption. À Washington, Ali al-Zaidi souhaite convaincre « les grandes entreprises américaines à envisager des opportunités dans le développement des infrastructures de l’Irak », avec des projets produisant « des opportunités ayant un impact économique mesurable ».
Plusieurs accords ont été conclus ces derniers mois avec des compagnies pétrolières américaines, et d’autres signatures sont attendues cette semaine à Washington. L’un des projets évoqués porte sur un fonds alimenté par 500 000 barils de pétrole par jour apportés par l’Irak, en échange d’une amélioration de son approvisionnement électrique.
Pays fondateur de l’Opep, l’Irak tire ordinairement 90% de ses recettes budgétaires de ses exportations de brut. La majorité de ces flux transite par le détroit d’Ormuz, directement exposé aux hostilités régionales en cours.
L’Energy Information Administration américaine estimait en juillet 2025 que les exportations maritimes irakiennes de brut avaient dépassé 3,2 millions de barils par jour en moyenne en 2024, toutes expédiées depuis les terminaux méridionaux du golfe Persique. L’EIA évaluait aussi l’offre électrique disponible de l’Irak fédéral à 25 GW en pointe en 2024, contre 48 GW nécessaires pour couvrir la demande estivale maximale.