Le risque maritime reprend la main sur les cours
Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre a gagné 3,01%, à 74,16 dollars. Le West Texas Intermediate américain, échéance août, a progressé de 2,76%, à 70,44 dollars.
La hausse a été alimentée par les signalements de l'agence britannique de sécurité maritime UKMTO dans le détroit d'Ormuz. Un premier tanker avait été touché lundi par un projectile non identifié, avant deux nouveaux incidents mardi, l'un contre un pétrolier atteint dans des conditions comparables, l'autre contre un navire-citerne frappé par un drone d'origine inconnue.
« Le marché est tellement orienté à la baisse qu'il ne suffit que de quelques gros titres pour le faire basculer », a commenté Stephen Schork, de The Schork Group. Le mouvement traduit une réaction de couverture face au risque d'interruption des flux, plutôt qu'un resserrement immédiat de l'offre physique.
Ormuz reste au centre du risque d'approvisionnement
Le détroit relie le Golfe à la mer d'Arabie et concentre une partie majeure des exportations d'hydrocarbures du Moyen-Orient. En 2025, près de 20 millions de barils par jour de pétrole brut et de produits pétroliers y ont transité en moyenne, selon l'Agence internationale de l'énergie dans une fiche publiée en février 2026.
Pour Axel Rudolph, analyste chez IG, « La reprise des attaques contre la navigation commerciale dans le détroit d'Ormuz » a « ravivé les inquiétudes concernant l'approvisionnement énergétique mondial et jeté le doute sur la pérennité de l'accord américano-iranien ». Ce passage maritime demeure l'un des principaux points de blocage des discussions entre Washington et Téhéran destinées à mettre fin durablement à la guerre régionale.
David Morrison, analyste chez Trade Nation, a relevé que « selon certaines informations, le nombre de navires traversant le détroit se serait stabilisé après une hausse initiale ». Il ajoute toutefois que « malgré cela, l'offre continue d'affluer sur le marché », signe que les opérateurs distinguent encore le risque géopolitique de la disponibilité effective des cargaisons.
L'OPEP+ ajoute de l'offre à partir d'août
Le rebond des prix intervient alors que l'OPEP+ a validé dimanche une nouvelle hausse de ses quotas de production. L'Arabie saoudite, la Russie, l'Irak, le Koweït, le Kazakhstan, l'Algérie et Oman doivent relever leur objectif collectif de 188 000 barils par jour à partir d'août.
Cette décision prolonge la remise sur le marché graduelle de coupes volontaires décidées en 2023. Selon Enerdata, le relèvement d'août 2026 porte sur les réductions additionnelles annoncées en avril 2023 par ces sept producteurs.
Ipek Ozkardeskaya, de Swissquote, estime que « La libération de réserves stratégiques de pétrole et la demande atone de la Chine depuis le début de la guerre avec l'Iran ont conduit à une surabondance dans certains marchés clés ». L'analyste relève aussi que « les tankers chargés de pétrole qui attendaient depuis des mois de pouvoir quitter le détroit d'Ormuz naviguent à la recherche d'acheteurs ».
Les prix saoudiens renforcent le signal baissier
Les signaux commerciaux venus du Golfe pèsent aussi sur le marché physique. Carsten Fritsch, de Commerzbank, note que « l'Arabie saoudite a décidé de réduire fortement ses prix de vente officiels (...) aux acheteurs asiatiques ».
Pour les cargaisons d'août destinées à l'Asie, Saudi Aramco a abaissé le prix officiel de vente de son brut Arab Light de 11 dollars par baril, à une décote de 1,50 dollar par rapport à la référence Oman/Dubai, selon une liste tarifaire rapportée par Bloomberg le 6 juillet. Cette baisse vise le principal débouché asiatique du pétrole moyen-oriental, au moment où les cargaisons sorties d'Ormuz cherchent davantage d'acheteurs.