Une tenue globale malgré des coupures locales

La vague de chaleur de fin juin et début juillet a provoqué des coupures de courant affectant plusieurs dizaines de milliers de personnes en France. Une nouvelle séquence de fortes températures pourrait intervenir dès la semaine du 6 juillet, après des records qui ont fortement sollicité les réseaux de distribution et de transport.

Pour Patrice Geoffron, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières et professeur d'économie à Paris Dauphine, le réseau est toutefois resté « assez résilient pendant la canicule ». Il distingue des « perturbations locales » d’un « black-out à l'espagnole dans lequel le système s'effondre », en référence à la panne généralisée qui a touché l’Espagne et le Portugal le 28 avril 2025. En revanche, souligne Patrice Geoffron, « la vraie question, c'est que se passe-t-il dans une configuration dans laquelle on n'est pas à 41°C, mais à 45°C ? ».

Les câbles et les lignes aériennes subissent la chaleur

Enedis, gestionnaire du réseau public de distribution, souligne la vulnérabilité particulière de certains câbles installés entre 1965 et 1981. Dans les villes, les sols goudronnés peuvent atteindre 80°C, ce qui accélère l’usure des câbles souterrains lorsque la chaleur persiste. Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting, explique que « de l'usure se crée » sur ces équipements et peut finir par perturber les connexions. Selon lui, « globalement, le réseau est plutôt résilient. On est plutôt bien lotis en France par rapport à d'autres » pays, mais le risque augmente lorsque les épisodes caniculaires « commencent à se répéter à court intervalle ».

Les lignes aériennes sont également affectées, car la chaleur réduit leur capacité d’acheminement. RTE indique que les câbles peuvent s’allonger et se rapprocher du sol, avec un risque de contact avec des bâtiments, des arbres ou des personnes, ce qui peut entraîner « une coupure automatique de la ligne par mesure de sécurité ». Un tiers des lignes aériennes de RTE sont jugées particulièrement sensibles aux fortes températures. Le gestionnaire du réseau de transport électrique affirme toutefois que son infrastructure est conçue pour supporter les vagues de froid comme les fortes vagues de chaleur.

Des programmes d'adaptation chiffrés en dizaines de milliards

Enedis prévoit 26 milliards d'euros d'investissements entre 2026 et 2040 pour renforcer la robustesse du réseau de distribution, dont plus de 15 milliards d'euros destinés à l'adaptation au changement climatique. Le gestionnaire indique par ailleurs avoir investi 5,7 milliards d'euros en 2025, dont 750 millions d'euros au titre de son plan d'adaptation climatique.

RTE prévoit de son côté 24 milliards d'euros d'ici 2040 pour le renouvellement et l'adaptation du réseau de transport. Dans son Schéma décennal de développement du réseau 2025, l'entreprise précise que 23 500 km de lignes et 85 000 pylônes doivent être renouvelés d'ici 2040, avec un objectif de 80% d'infrastructures résilientes à cet horizon.

Ces investissements doivent répondre à deux contraintes simultanées : l’exposition accrue aux aléas climatiques et la progression des usages électriques. Patrice Geoffron cite notamment les pompes à chaleur, l’électrification des procédés industriels et les data centers, qui ajoutent des besoins de puissance et de continuité d’alimentation. Ces épisodes sont appelés à devenir plus fréquents, plus longs et plus intenses, ce qui déplace la question de la résilience vers des températures pouvant atteindre 45°C.

Le parc nucléaire reste soumis aux contraintes de refroidissement

La production électrique est aussi affectée par la chaleur. Les 57 réacteurs nucléaires français doivent être refroidis en permanence, avec des rejets d’eau de refroidissement en mer ou dans les cours d’eau, mais ces rejets sont encadrés lorsque la température des milieux aquatiques dépasse certains seuils. Dans ces situations, EDF peut être amené à réduire la puissance de certaines unités, voire à les arrêter temporairement, afin de respecter les règles environnementales. La contrainte touche davantage les centrales dépendantes de cours d’eau soumis à des températures élevées et à des débits réduits.

La ministre déléguée à l'Énergie Maud Brégeon a déclaré mardi 30 juin à l'Assemblée nationale que le parc nucléaire « a répondu présent depuis plusieurs jours malgré la canicule ». Elle a précisé que trois réacteurs seulement avaient été mis à l'arrêt « pour des raisons de protection environnementale ». « Nous sommes restés exportateurs nets pendant l'ensemble de la crise. (...) Et le réseau électrique dans sa globalité a également tenu », a ajouté Maud Brégeon devant les députés.