Un vote large, mais un texte encore incomplet

Le paquet adopté par les sénateurs doit encore être examiné par la Chambre des représentants, où aucun vote n'est attendu avant début septembre 2026 en raison de la suspension parlementaire. Le texte ne deviendra effectif qu'après cette étape législative.

Le sénateur républicain de l'Idaho Jim Risch, président de la commission des affaires étrangères du Sénat, a défendu le projet avant le scrutin. « Cette loi nous fait nous rapprocher d'une fin au conflit » entre la Russie et l'Ukraine, a-t-il déclaré dans l'hémicycle.

Jim Risch a aussi estimé que le dispositif « aura un impact décisif qui va au-delà de ce qui peut être accompli sur le champ de bataille » et qu'il « coupera le flux d'argent qui alimente la machine de guerre de Poutine ».

Des droits de douane centrés sur le pétrole et le gaz

Le projet de loi vise directement l'industrie russe des hydrocarbures. Il prévoit notamment des droits de douane de 500 % sur les importations en provenance de Russie, y compris le gaz et le pétrole.

Le texte instaure aussi des droits de douane de 100 % sur les cinq premiers pays importateurs de gaz et de pétrole russes. La Chine et l'Inde figurent parmi les pays cités par les promoteurs du dispositif.

Selon le Centre for Research on Energy and Clean Air, les revenus russes d'exportation de combustibles fossiles ont atteint 734 millions d'euros par jour en juin 2026, en baisse de 1 % sur un mois malgré une hausse de 7 % des volumes exportés. Le même organisme estime que la Chine a été le premier acheteur mondial d'hydrocarbures russes en juin 2026, avec 7,3 milliards d'euros d'achats, devant l'Inde, à 5,5 milliards d'euros.

Plusieurs élus démocrates ont toutefois exprimé des réserves sur les nouveaux pouvoirs douaniers que le texte donnerait à Donald Trump. Le sénateur démocrate de Géorgie Raphael Warnock a indiqué que le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, avait apporté des garanties sur la suppression des droits visant chaque pays qui sortirait du groupe des cinq principaux importateurs d'hydrocarbures russes.

La flotte fantôme russe entre dans le périmètre

Le projet marque aussi un élargissement du ciblage américain à la flotte fantôme russe. Ces navires sont utilisés par Moscou pour contourner les embargos occidentaux mis en place depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022.

Selon le CREA, 54 % du pétrole russe transporté par voie maritime en juin 2026 l'a été par des navires fantômes déjà sanctionnés. L'organisme a aussi recensé 45 navires fantômes opérant sous faux pavillon à la fin du même mois.

Le texte prévoit en outre de nouvelles sanctions contre le président russe Vladimir Poutine et d'autres hauts responsables. Il porte le nom de Lindsey Graham, sénateur républicain mort le 11 juillet 2026, qui avait plaidé pour un durcissement des sanctions visant Moscou.

Un hommage politique à Lindsey Graham

La veille de sa mort, Lindsey Graham avait annoncé avec des sénateurs républicains et démocrates avoir obtenu l'accord de la Maison Blanche sur ces sanctions visant les hydrocarbures russes. Ces mesures étaient auparavant bloquées par Donald Trump, selon les élus impliqués dans les négociations.

La sénatrice républicaine de Caroline du Sud Darline Graham, sœur de Lindsey Graham et appelée à lui succéder au Sénat, a lié l'adoption finale du texte à l'héritage politique de son frère. Elle a affirmé que la loi « frappera Poutine là où ça fait mal » et qu'elle « force les principaux pays qui gardent l'économie de la Russie à flot à faire un choix simple mais critique entre faire des affaires avec l'Amérique ou acheter de l'énergie russe pas chère ».

La sénatrice démocrate du New Hampshire Jeanne Shaheen, membre de la commission des affaires étrangères, a soutenu une logique de pression directe sur Moscou. « Vladimir Poutine ne comprend que la force, et il ne répond qu'à la pression », a-t-elle déclaré, en présentant le texte comme « notre meilleure opportunité de faire finalement plier la machine de guerre russe et de forcer Poutine à s'asseoir à la table des négociations ».

L'ambassade de Russie aux États-Unis avait condamné le projet fin juillet, estimant qu'il « rend un mauvais service aux États-Unis ». Dans un contexte marqué par la guerre en Iran, elle a jugé que, « avec une crise énergétique imminente et la hausse des prix à la pompe à la veille des élections de mi-mandat », sanctionner la Russie et ses partenaires commerciaux « serait extrêmement contre-productif pour les États-Unis eux-mêmes ».

Outre les dispositions visant la Russie, le texte prévoit d'empêcher l'expiration de sanctions américaines touchant les secteurs énergétique et militaire de l'Iran.