Un avantage jugé trop coûteux pour EDF
La Cour des comptes a vivement critiqué, vendredi 17 juillet, le « tarif agent » accordé aux personnels d’EDF dans un rapport consacré à la gestion des ressources humaines de l’électricien public. Ce dispositif permet aux salariés, mais aussi à des retraités du secteur, de bénéficier d’une réduction importante sur leurs factures d’électricité et de gaz.
Selon les magistrats financiers, « l’avantage en nature énergie représente un coût démesuré, soit plus de 700 millions d'euros en 2024 à l'échelle du groupe, obligeant également à la constitution de passifs sociaux au titre de son maintien après l'emploi (3,9 milliards d'euros à fin 2024). Il ne peut perdurer en l'état ».
Le périmètre dépasse EDF SA. La mesure concerne les salariés et retraités d’entreprises issues des anciens opérateurs historiques EDF et GDF, parmi lesquelles Engie, Enedis et GRDF, ainsi que d’autres acteurs relevant du statut des industries électriques et gazières, dont des distributeurs locaux d’énergie.
Le gouvernement prépare un arbitrage réglementaire
Le ministère de l’Énergie indique examiner une évolution du dispositif après avoir reçu, selon ses termes, « une mise en demeure de la Cour des comptes » visant à se « mettre en conformité sur la valorisation de cet écart (...) entre ce tarif et la valeur réelle de l'énergie ». La décision devrait être formalisée dans un arrêté ministériel.
La Cour recommande une réduction graduelle de l’avantage, en ciblant d’abord un plafonnement des volumes de consommation retenus. Elle préconise aussi une revalorisation du barème fiscal et social de cet avantage en nature, calculée à partir des moyennes annuelles des tarifs réglementés de vente de l’électricité et des tarifs repères du gaz, toutes taxes comprises.
Dans sa réponse au rapport, le ministre de l’Économie et des Finances Roland Lescure dit partager avec la Cour « la nécessité d'examiner en priorité les mesures visant une meilleure maîtrise de la consommation dans le cadre de la politique de transition énergétique ». Il plaide cependant pour « un calendrier social adapté ».
Les syndicats appellent à une grève nationale
Les quatre grandes fédérations de l’énergie, CGT, CFE-CGC, CFDT et FO, ont répondu par un appel commun à la mobilisation des électriciens et des gaziers. Elles annoncent une « journée d'actions et de grève le mardi 15 septembre 2026 ».
Le secrétaire général de la FNME-CGT Fabrice Coudour juge le projet de réforme inacceptable au regard des niveaux de rémunération d’entrée dans la branche. « A compétences et à ancienneté égales, (...) les niveaux d'embauche sont bien moindres dans nos entreprises que souvent dans le privé », affirme-t-il, qualifiant la réforme de « provocation » (...) « en période de canicule, là où les agents se démènent ».
Fabrice Coudour conteste aussi l’impact du dispositif pour les consommateurs, estimant que « le tarif agent ne pèse pas plus de 1% de la facture des usagers ». La secrétaire générale de FO Mines-énergie Sandrine Tellier dénonce pour sa part une « méthode totalement irrespectueuse » et refuse « toute remise en question de cet avantage en nature », qu’elle associe à la recherche de « futiles économies ».
EDF met en avant un élément du cadre social
La Cour des comptes estime que les bénéficiaires du tarif agent « acquittent désormais moins de 2% des tarifs moyens de l'électricité ou du gaz payés par les consommateurs ». Cette évaluation est contestée par certains représentants syndicaux.
EDF répond que ses salariés « sont attachés » à cet avantage, présenté comme une composante du « cadre social » de l’entreprise. Le groupe dit souhaiter que les parties prenantes disposent du temps nécessaire pour examiner les évolutions possibles et indique qu’il sera attentif aux décisions retenues.
Le rapport critique également une « politique de rémunération déconnectée des performances de l'entreprise » et cite les « importantes revalorisations salariales » décidées au cours de l’année 2022 pour 2023, à hauteur de 11%. Le PDG d’EDF Bernard Fontana répond que, hors cet épisode lié à la crise énergétique amplifiée par la guerre en Ukraine, l’évolution de la rémunération moyenne des salariés du groupe ne révèle pas de progression plus rapide que dans le privé ou la fonction publique.
EDF a publié pour 2024 des investissements nets de 22,4 milliards d’euros, en hausse de 3,3 milliards d’euros sur un an, tandis que son endettement financier net atteignait 54,3 milliards d’euros à fin 2024, selon les résultats annuels du groupe.