Un accord régional pour un corridor gazier atlantique

La signature intervenue le 19 juillet à Freetown porte sur le gazoduc Nigeria-Maroc, aussi désigné comme Gazoduc Africain Atlantique. L'infrastructure doit relier les ressources gazières nigérianes au Maroc en longeant la façade atlantique de l'Afrique de l'Ouest, avant un raccordement au Gazoduc Maghreb Europe.

Le projet est présenté par l'Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc et la Nigerian National Petroleum Corporation comme un axe destiné à desservir les marchés régionaux, les États du Sahel, le Maroc et l'Europe. Le tracé mentionné dans la dépêche porte sur environ 6 000 km et 13 pays africains traversés ou raccordés le long de la côte atlantique.

Le président en exercice de la Cedeao, le chef de l'État sierra-léonais Julius Maada Bio, a confirmé la signature dans son discours au sommet. « Nous avons signé l'accord relatif au gazoduc Afrique de l'Ouest-Maroc, ne soyez pas surpris lorsque le gaz arrivera chez vous », a-t-il déclaré.

Casablanca et Abuja doivent accueillir les structures de pilotage

L'accord signé à Freetown précède plusieurs étapes institutionnelles avant le chantier. Selon le communiqué conjoint de l'ONHYM et de la NNPC, la société de projet doit être installée à Casablanca, tandis que l'autorité de gouvernance du gazoduc, la Pipeline Higher Authority, doit avoir son siège à Abuja.

La séquence annoncée comprend ensuite la mobilisation d'investisseurs et la préparation de la décision finale d'investissement. Une source au sein de l'ONHYM indique que les travaux devraient commencer en 2028, avec de premières livraisons de gaz envisagées en 2031.

Les coûts du projet sont estimés à 23 milliards d'euros. La directrice générale de l'ONHYM, Amina Benkhadra, estime que le Gazoduc Africain Atlantique contribuera à la sécurité énergétique, à l'industrialisation, à la valorisation des ressources naturelles africaines et à une « prospérité partagée ».

Un projet relancé dans un contexte gazier plus tendu

L'idée du gazoduc avait été lancée en 2016 par le roi Mohammed VI lors d'une visite à Abuja, avec l'objectif de renforcer les partenariats du Maroc avec les pays africains. Le projet a gagné en portée stratégique après l'arrêt du contrat du Gazoduc Maghreb Europe, auparavant utilisé pour acheminer du gaz algérien vers l'Espagne via le Maroc.

Le Parlement européen rappelait en 2021 que le Gazoduc Maghreb Europe, entré en service en 1996, transportait plus de 10 milliards de m3 par an de gaz algérien vers l'Espagne et le Portugal via le Maroc. La Commission européenne a ensuite confirmé que l'accord de transit entre l'Algérie et le Maroc n'avait pas été renouvelé après son expiration fin octobre 2021.

Le projet Nigeria-Maroc s'inscrit aussi dans un marché du gaz réorganisé depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie et la hausse des prix des hydrocarbures. Au 1er janvier 2026, la Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission évaluait les réserves gazières officielles du Nigeria à 215,19 billions de pieds cubes, soit le principal socle amont mobilisable pour un tel corridor d'exportation.