Les marques asiatiques dépassent la moitié du marché
Selon les estimations de Cox Automotive pour le troisième trimestre, les constructeurs asiatiques devraient représenter plus de 50% des ventes de véhicules neufs aux États-Unis pour le deuxième trimestre consécutif. Charlie Chesbrough, chef économiste du cabinet spécialisé, a résumé le mouvement par la croissance et la solidité des groupes asiatiques, dont les parts de marché approchent selon lui des niveaux records.
À l’inverse, General Motors, Ford et FCA US, filiale américaine de Stellantis issue de Chrysler, devraient descendre ensemble à un peu plus de 36% du marché américain. Cox Automotive présente ce niveau comme le plus bas jamais enregistré pour les « Trois de Détroit ».
Le cabinet relie cet avantage asiatique à l’offre plus large de motorisations hybrides, un segment recherché par une partie des ménages américains lorsque les prix du pétrole restent sensibles aux tensions géopolitiques et aux conflits. Cox Automotive a aussi relevé le 24 septembre sa prévision de ventes de véhicules neufs aux États-Unis en 2026 à 16,1 millions d’unités, contre 15,8 millions auparavant.
Toyota réduit l’écart avec General Motors
General Motors conserve la première place du marché américain, mais Toyota se rapproche. Sur les neuf premiers mois de 2026, la part du groupe américain est estimée à 16,7%, contre 17,4% en 2025, tandis que Toyota passe de 15,2% à 15,6% sur la même période, selon Cox Automotive. Au troisième trimestre, GM a vendu 670 974 véhicules aux États-Unis, en baisse de 5,5%. Toyota a écoulé 633 223 unités, soit une progression de 0,6%.
Le même schéma apparaît derrière les deux leaders. Ford, basé à Dearborn dans le Michigan, reste troisième mais ses ventes et sa part de marché reculent, alors que Hyundai-Kia progresse. Cox Automotive avait envisagé un passage du groupe sud-coréen devant Ford, mais la hausse de ses ventes est finalement restée inférieure à cette prévision. FCA US arrive au sixième rang du marché américain, derrière Honda. Michael Orange, responsable des ventes au détail aux États-Unis pour FCA US, a évoqué vendredi un « contexte hautement concurrentiel ».
L’hypothèse chinoise durcit le débat commercial
Donald Trump a déclaré à la mi-septembre être « d’accord » avec la présence de véhicules chinois sur les routes américaines, à condition que les constructeurs chinois implantent des usines aux États-Unis et y emploient des salariés américains. Cette position a été exprimée avant la visite d’État de Xi Jinping à la Maison Blanche fin septembre, la première du président chinois depuis plus de dix ans.
Les représentants de l’industrie automobile installée aux États-Unis ont réagi par courrier au président américain. Ils lui ont demandé de maintenir des politiques qui empêchent les constructeurs chinois de vendre, importer ou fabriquer des véhicules aux États-Unis. Parmi les signataires figuraient l’American Auto Policy Council, qui représente General Motors, Ford et Stellantis, ainsi qu’Autos Drive America, association regroupant des constructeurs japonais, allemands et d’autres pays produisant aux États-Unis. Peter Nagle, expert chez Mobility Global, a estimé récemment que BYD, Geely et SAIC pourraient atteindre 1,7 million de ventes annuelles aux États-Unis en 2038, soit environ 11% du marché, selon Bloomberg.
Les importations de véhicules chinois ne sont pas interdites en droit américain, mais les droits de douane appliqués par les administrations successives les rendent très difficiles. Les industriels américains estiment que ces barrières ont jusqu’ici évité aux États-Unis l’arrivée massive de véhicules chinois à bas prix observée, selon eux, en Europe, en Australie, en Asie du Sud-Est, au Mexique et en Amérique du Sud.
Des véhicules connectés suspectés
Début septembre, l’Alliance for Automotive Innovation, qui rassemble les constructeurs présents sur le marché américain, a demandé aux responsables du Congrès d’inscrire dans la loi un « bannissement permanent » des véhicules connectés chinois. La mesure viserait leur vente, leur importation et leur fabrication sur le territoire américain.
Le président de l’organisation, John Bozzella, a justifié cette demande par la « sécurité nationale » et par la volonté de contrer ce qu’il présente comme une stratégie chinoise de « domination mondiale de la production automobile ». L’association affirme représenter une industrie soutenant 11 millions d’emplois aux États-Unis et plus de 5% de l’économie américaine.
Bozzella accuse aussi les constructeurs chinois de « déverser dans le monde entier des véhicules subventionnés avec des logiciels et des équipements connectés (...) capables de collecter, analyser et transmettre des données sensibles sur les véhicules et les consommateurs au parti communiste chinois ». L’Agence internationale de l’énergie indiquait dans son Global EV Outlook 2026 que les constructeurs chinois avaient fourni 60% des ventes mondiales de voitures électriques en 2025, contre environ 15% chacun pour les groupes européens et nord-américains.