Le Brent retombe sous l’effet des anticipations de flux
Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en octobre a perdu 2,15 %, à 87,07 dollars. Le West Texas Intermediate américain, à échéance septembre, a reculé de 2,43 %, à 81,25 dollars.
Le mouvement de baisse traduit un rééquilibrage des anticipations sur l’offre disponible. Les investisseurs intègrent l’hypothèse que les flux mondiaux de pétrole, y compris ceux issus du Moyen-Orient, restent suffisants pour couvrir une demande désormais jugée moins dynamique.
Ormuz reste le point d’incertitude central
Les estimations divergent sur les volumes capables de franchir le détroit d’Ormuz, passage stratégique revendiqué comme contrôlé à la fois par Washington et Téhéran dans leurs déclarations publiques. Selon l’Energy Information Administration américaine, les flux pétroliers passant par Ormuz atteignaient en moyenne 20 millions de barils par jour en 2024, soit environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers.
Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, souligne l’absence de visibilité fiable sur les volumes effectivement acheminés par cette route maritime. Les experts d’Eurasia Group estiment cependant que « les flux clandestins transitant par Ormuz soulagent la pression » du marché.
Une proportion croissante de pétroliers franchit le détroit avec les transpondeurs AIS désactivés, ce qui complique le suivi des navires et des cargaisons. Bjarne Schieldrop, analyste chez SEB, estime que les volumes quotidiens seraient nettement supérieurs aux anticipations formulées auparavant.
Le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright, a affirmé mardi que près de 9 millions de barils par jour sortaient actuellement du Golfe via Ormuz. Cette estimation dépasse celles retenues par de nombreux analystes, qui continuent de s’appuyer sur des données de suivi maritime partielles.
L’AIE réduit encore sa prévision de demande
La perspective de flux plus élevés intervient alors que l’Agence internationale de l’énergie a abaissé mercredi son évaluation de la demande mondiale pour 2026. L’AIE anticipe désormais une baisse de la consommation de 1,6 million de barils par jour sur un an.
Cette prévision marque une révision importante par rapport à l’estimation précédente de l’agence, qui tablait sur une contraction limitée à 1 million de barils par jour. Pour les opérateurs, la combinaison d’un approvisionnement jugé moins contraint et d’une demande plus faible réduit la prime de risque intégrée aux cours du brut.
Les produits raffinés restent surveillés
Les opérateurs suivent aussi l’évolution des marchés de produits issus du raffinage. Les attaques houthies, dont une frappe de drones sur une raffinerie saoudienne revendiquée jeudi, ainsi que les frappes ukrainiennes visant des infrastructures énergétiques russes en mer Noire, contribuent à renchérir certains dérivés du brut.
Ces tensions ne se traduisent pas, à ce stade, par une alerte immédiate sur l’approvisionnement en produits finis. Les analystes d’Eurasia Group jugent qu’« il est peu probable que des pénuries de produits surviennent à court terme ».