Des frappes américaines concentrées sur les capacités côtières

La nouvelle séquence militaire a commencé à 00 h 30 à Téhéran, soit 21 h 00 GMT dimanche, avant de s’achever un peu plus de cinq heures plus tard, selon le commandement américain pour le Moyen-Orient. Le Centcom a indiqué avoir frappé des systèmes de défense aérienne, des radars côtiers, des moyens de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations.

Les médias d’État iraniens ont fait état de bombardements dans l’ouest et le sud du pays, notamment sur l’île de Qeshm, à Bandar Abbas, dans la zone d’Ormuz, ainsi que dans la province du Khouzistan, frontalière de l’Irak. À Mahchahr, dans le sud-ouest iranien, une frappe américaine a tué au moins une personne et blessé quatre autres, selon un responsable local cité par l’agence officielle Irna.

Washington présente cette opération comme une action destinée à empêcher Téhéran « d’attaquer les équipages civils et navires commerciaux » dans le détroit. Les États-Unis accusent l’Iran d’avoir touché durant le week-end le GFS Galaxy, un porte-conteneurs sous pavillon chypriote, dans le détroit d’Ormuz.

Le sultanat d’Oman a annoncé dimanche avoir secouru 23 membres d’équipage du GFS Galaxy. Une personne restait portée disparue, les autorités omanaises indiquant poursuivre les recherches.

Téhéran revendique une riposte contre des sites américains

La diplomatie iranienne a condamné les nouveaux bombardements américains et accusé Washington d’avoir compromis les efforts engagés ces derniers mois pour rétablir la paix régionale. Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont déclaré avoir visé des bases du Golfe utilisées par les forces américaines.

Selon l’agence Irna, les attaques iraniennes ont concerné la base aérienne Prince Hassan en Jordanie, les bases Ali al-Salem et Ahmad al-Jaber au Koweït, ainsi qu’un centre américain de commandement de drones à Bahreïn. Dans ce dernier pays, les sirènes d’alerte aérienne ont de nouveau retenti tôt lundi, et le ministère de l’Intérieur a demandé aux habitants de rejoindre le lieu sûr le plus proche.

La veille, l’armée iranienne avait déjà tiré trois missiles vers la Jordanie, selon les forces armées du royaume. Au Koweït, trois postes-frontières et une plateforme pétrolière offshore avaient été ciblés dimanche, d’après le gouvernement local, qui n’avait pas attribué cette attaque.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé dimanche les États-Unis et l’Iran à faire preuve de « la plus grande retenue » et à « reprendre d’urgence les négociations ». Cet appel intervient alors que Téhéran accuse Washington d’avoir violé presque toutes les dispositions du protocole d’accord signé le 17 juin.

Ormuz redevient le point de tension des marchés pétroliers

Le protocole du 17 juin prévoyait la réouverture du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite habituellement environ un cinquième du brut mondial. Téhéran n’autorisait toutefois qu’un seul couloir de navigation, longeant ses côtes, et menaçait les navires qui chercheraient à utiliser un autre itinéraire.

L’Iran a annoncé dimanche une nouvelle fermeture du détroit jusqu’à nouvel ordre. « Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d’Iran le protégera », a déclaré Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par l’agence Isna.

Le Centcom soutient pour sa part que la voie maritime reste ouverte, affirmant que « l’Iran ne contrôle pas le détroit » et que le trafic se poursuit. Cette divergence d’appréciation alimente directement la prime de risque sur les cargaisons d’hydrocarbures du Golfe.

Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre gagnait plus de 4 % lundi peu après 03 h 00 GMT, à 79,06 dollars. Au début de la guerre, la fermeture du détroit par Téhéran avait porté le Brent au-dessus de 110 dollars au plus fort du conflit.

Selon l’Energy Information Administration américaine, les flux pétroliers transitant par Ormuz ont atteint en moyenne 20 millions de barils par jour en 2024, soit environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers. La même source estime qu’au premier semestre 2025, 11,4 milliards de pieds cubes par jour de GNL, soit plus de 20 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié, ont emprunté ce passage.