Un protocole entre régulateurs fédéraux

La Marine Minerals Administration (MMA), chargée des ressources minérales et des projets situés dans les zones maritimes au large des États-Unis, a signé un accord avec la Nuclear Regulatory Commission (NRC), le régulateur nucléaire américain. Aucun projet commercial de centrale nucléaire flottante n’est aujourd’hui prévu ni approuvé sur le plateau continental extérieur américain.

La MMA résulte de la réunification, annoncée par le ministère américain de l’Intérieur le 10 juillet 2026, du Bureau of Ocean Energy Management et du Bureau of Safety and Environmental Enforcement. Elle doit superviser le développement offshore des ressources énergétiques et minérales avec des compétences couvrant la sûreté, l’environnement et l’instruction des projets.

Le directeur par intérim de la MMA, Matt Giacona, a fait valoir l’expérience accumulée dans le nucléaire naval : « Des systèmes de réacteurs sous-marins ont été déployés en toute sécurité dans des applications navales pendant des décennies, ce qui démontre leur potentiel en tant que source d'énergie fiable dans des environnements marins exigeants ». Selon lui, ces équipements pourraient « considérablement renforcer la sécurité énergétique des Etats-Unis dans le futur ». Jeremy Bowen, directeur du bureau de la NRC chargé des réacteurs avancés, a indiqué que l’accord devait préciser les modalités de coopération entre agences fédérales et donner « clarté et confiance aux éventuels futurs candidats ».

Une filière civile encore limitée à la Russie

Le recours à l’énergie nucléaire en environnement maritime n’est pas nouveau pour les navires militaires, les sous-marins et les brise-glace. Le passage à des installations civiles de production électrique ancrées ou flottantes demeure toutefois marginal, avec des enjeux spécifiques de sûreté, de sécurité, de raccordement, de maintenance et de contrôle réglementaire.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIE) recense une seule centrale nucléaire flottante en service au monde à l'heure actuelle : l’Akademik Lomonossov, installation située à Pevek, dans l’extrême est russe, qui comprend deux réacteurs de type KLT-40S.

Selon l’AIEA, le Canada, la Chine, la Corée du Sud, le Danemark, la Russie et les États-Unis travaillent sur des concepts maritimes de petits réacteurs modulaires, mais seule la Russie dispose à ce stade d’une centrale flottante civile opérationnelle dans ce segment. L’agence explique l’intérêt pour ces solutions par leur potentiel de fourniture bas-carbone pour des sites isolés, des ports, des zones industrielles ou des territoires difficiles à raccorder.

Pour l'administration Trump, le nucléaire constitue un levier de sécurité énergétique et de puissance industrielle, alors que le gouvernement fédéral freine au contraire les projets d’éolien en mer.

Objectif américain de quadruplement d’ici 2050

La Maison Blanche a fixé en mai 2025 un objectif de hausse de la puissance nucléaire américaine d’environ 100 GW en 2024 à 400 GW en 2050, soit un quadruplement. Il est prévu de faciliter 5 GW d’augmentations de puissance sur des réacteurs existants et la construction de 10 grands réacteurs d’ici 2030.

L’accord entre la MMA et la NRC s’inscrit dans ce mouvement d’élargissement des voies réglementaires pour les réacteurs avancés, sans valoir autorisation de construire. Il vise à organiser l’examen d’éventuelles demandes futures portant sur des technologies nucléaires offshore, dans un périmètre où les compétences maritimes, environnementales et nucléaires relèvent de plusieurs autorités fédérales.

« Une réserve inépuisable de mauvaises idées »

Les opposants environnementaux contestent déjà cette orientation. Nick Katkevich, du Center for Biological Diversity, a dénoncé « une réserve inépuisable de mauvaises idées pour maltraiter la vie marine » et jugé que « l'installation de réacteurs nucléaires sur de vieilles plateformes pétrolières rouillées est l'une des pires ».

La NRC a aussi conclu un protocole distinct avec les garde-côtes américains afin de coordonner la surveillance des projets nucléaires civils maritimes, incluant les centrales flottantes et la propulsion nucléaire civile. Cet accord remplace un protocole de 1973 conclu entre les garde-côtes et l’Atomic Energy Commission, prédécesseur de la NRC.