Une troisième nuit de frappes américaines

Le commandement américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a indiqué avoir engagé, peu après minuit à Téhéran, une troisième nuit d’opérations contre des cibles iraniennes. Avant cette annonce, le président américain Donald Trump avait déclaré à l’animateur de radio Hugh Hewitt : « Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain ».

L’agence officielle iranienne Irna a fait état de quatre explosions supplémentaires près de Bandar Abbas, grand port du sud de l’Iran situé à proximité du détroit d’Ormuz. Selon des médias d’État iraniens, les bombardements américains récents ont visé de larges secteurs de l’ouest et du sud du pays, dont l’île de Qeshm, Bandar Abbas et la province du Khouzistan, frontalière de l’Irak.

Donald Trump a affirmé que les dirigeants iraniens « ne peuvent absolument rien faire contre » les frappes, ajoutant qu’« ils n’ont rien d’autre en leur faveur, si ce n’est leurs grandes gueules ». Devant des journalistes à la Maison Blanche, il a toutefois jugé qu’un accord avec Téhéran demeurait « possible ».

Washington annonce un blocus et une rémunération de 20 %

Le président américain avait annoncé sur Truth Social que les États-Unis prendraient le contrôle du détroit d’Ormuz et rétabliraient le blocus des ports iraniens. Selon l’armée américaine, ce blocus doit entrer en vigueur mardi 14 juillet à 20 h GMT.

Donald Trump a aussi défendu l’idée d’une « rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons » transitant par cette voie maritime. Cette proposition rejoint, dans son principe, la volonté iranienne d’instaurer des frais de service pour le passage dans le détroit, mais elle concerne une route maritime soumise au droit international, censé garantir la liberté de navigation.

Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a répondu sur X que « l’Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours ». Il a ajouté, sur un ton ironique, que Donald Trump « a tout à fait raison » sur le principe d’une rémunération pour sécuriser le passage commercial, avant de préciser : « 20%, c’est évidemment trop. Nous serons équitables ».

Les marchés pétroliers réagissent à l’escalade

Les Gardiens de la Révolution accusent l’ennemi iranien de menacer l’approvisionnement pétrolier mondial. Lundi, le Brent de la mer du Nord, référence internationale du marché pétrolier, a bondi de 9,59% pour terminer la séance à 83,30 dollars le baril.

Le détroit d’Ormuz concentre une part majeure des flux énergétiques mondiaux : près de 20 millions de barils par jour de pétrole brut et de produits pétroliers y ont transité en 2025, soit environ 25% du commerce maritime mondial de pétrole, selon l’Agence internationale de l’énergie. La même source estime qu’environ 93% des exportations qataries de GNL et 96% de celles des Émirats arabes unis passent par ce corridor, représentant 19% du commerce mondial de GNL.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a exprimé sa « profonde inquiétude ». L’Organisation maritime internationale, agence des Nations unies chargée du transport maritime, a indiqué attendre davantage de précisions sur le projet américain, tout en rappelant son opposition à des péages obligatoires pour le transit dans les détroits internationaux.

Le protocole d’accord se fragilise

Le conflit avait commencé par des frappes israélo-américaines le 28 février, avant près de 40 jours de bombardements. Un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, puis un protocole d’accord avait été entériné le 17 juin, prévoyant notamment la réouverture du détroit, Téhéran n’autorisant toutefois qu’un seul couloir de navigation le long de ses côtes.

Après des attaques contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis plusieurs semaines. Donald Trump a déclaré que le cessez-le-feu était « terminé » et la Maison Blanche a confirmé que le président américain avait transmis la semaine dernière au Congrès une notice officielle indiquant la reprise du conflit avec l’Iran.

Le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï a reconnu à Téhéran que le protocole d’accord « est en crise », tout en affirmant que « l’Iran n’a jamais été le premier à violer ses engagements ». Il a assuré que les consultations avec le Qatar, le Pakistan et Oman, pays médiateurs, se poursuivaient afin de « prévenir une escalade ».

Le conseiller militaire du guide suprême iranien, Mohsen Rezaï, a averti que « ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d’Iran le protégera ». Selon un décompte établi à partir des médias iraniens et de sources officielles, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi 8 juillet, tandis que les Gardiens de la Révolution disent avoir frappé des installations américaines à Oman, Bahreïn, au Koweït et en Jordanie.