Le cessez-le-feu fragilisé par les attaques de navires
Les frappes américaines ont été présentées par le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, comme une réponse directe à trois attaques contre des navires commerciaux signalées en 24 heures dans le détroit d'Ormuz. Les cibles annoncées par Washington incluent des systèmes iraniens de défense antiaérienne, des réseaux de commandement, des radars côtiers, des capacités de missiles antinavires et plus de 60 embarcations légères des Gardiens de la Révolution.
Le Qatar et l'Arabie saoudite ont attribué deux attaques à l'Iran, après les incidents ayant touché le méthanier qatari Al-Rakayyat et le pétrolier saoudien Wedyan. Selon le Centcom, un troisième bâtiment, le Cyprus Prosperity, battant pavillon libérien, figure aussi parmi les navires visés.
L'agence britannique de sécurité maritime UKMTO a rapporté mardi deux incidents supplémentaires sans en attribuer l'origine : un pétrolier atteint par un projectile non identifié avec des dommages structurels, et un navire-citerne frappé par un drone. Riyad a dénoncé une atteinte à la sécurité de la navigation internationale et à celle des approvisionnements énergétiques mondiaux.
Téhéran revendique des frappes au Koweït et à Bahreïn
Quelques heures après les frappes américaines, les Gardiens iraniens de la Révolution ont affirmé avoir mené une opération conjointe avec missiles et drones contre 85 installations militaires américaines au Koweït et à Bahreïn. Le communiqué diffusé par la télévision officielle Irib présente cette action comme une « première riposte » aux attaques américaines.
Le ministère de l'Intérieur de Bahreïn a annoncé que les sirènes d'alerte aérienne avaient retenti dans le royaume, sans fournir d'autres précisions. L'armée koweïtienne a indiqué réagir à des attaques de drones et de missiles, sans en désigner l'origine.
Le ministère iranien des Affaires étrangères avait auparavant accusé Washington de violer le protocole d'accord conclu le 17 juin et averti que l'Iran « prendrait des mesures décisives pour protéger ses intérêts et sa sécurité nationale ». Les États-Unis, de leur côté, qualifient les attaques de navires de violation flagrante du cessez-le-feu.
Le pétrole iranien de nouveau sous sanctions américaines
Washington a rétabli les sanctions économiques visant le pétrole iranien, après la série d'attaques dans le détroit. Le ministère américain des Finances a interdit les « nouvelles transactions » portant sur les hydrocarbures iraniens à compter de mardi, alors que la levée de ces sanctions faisait partie du protocole d'accord signé en juin.
Un responsable gouvernemental américain, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a déclaré que les agissements attribués à l'Iran dans le détroit étaient « totalement inacceptables aux yeux des Etats-Unis et ne resteront pas impunis ». Le Qatar a aussi convoqué le chargé d'affaires iranien pour demander « des explications sur cette attaque », ce que le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a jugé « inacceptable ».
Le protocole du 17 juin devait encadrer la réouverture d'Ormuz après la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique. Il prévoyait aussi le retrait des sanctions américaines sur les exportations pétrolières iraniennes.
Le marché surveille le risque sur les flux d'Ormuz
Le baril américain WTI progressait de 2,63% à 72,29 dollars à l'ouverture des marchés asiatiques, dans un contexte de regain de tension sur l'une des principales artères énergétiques mondiales. Selon l'Agence internationale de l'énergie, près de 15 millions de barils par jour de brut ont transité par Ormuz en 2025, soit environ 34% du commerce mondial de brut.
Le même passage maritime a concentré un peu plus de 112 milliards de m3 de GNL en 2025, soit près de 20% du commerce mondial de gaz naturel liquéfié, selon l'Agence internationale de l'énergie. L'organisation souligne aussi que les possibilités de contournement restent limitées pour les flux d'hydrocarbures exportés depuis le Golfe.
La navigation avait repris après la signature du protocole d'accord, malgré plusieurs incidents. L'Iran exclut toutefois un retour aux conditions d'avant-guerre, lorsque le passage était gratuit, et menace les navires qui tenteraient d'éviter l'itinéraire autorisé le long de ses côtes.
Cette nouvelle séquence intervient pendant les funérailles nationales de six jours du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février lors des premières frappes israélo-américaines, dont le corps est arrivé en Irak pour des processions à Najaf et Kerbala.