Une filière encore limitée en France

Un réseau de froid produit de l’eau glacée dans des installations centralisées, puis la distribue par canalisations vers des bâtiments raccordés pour alimenter leurs équipements de rafraîchissement. Cette mutualisation est mise en avant pour limiter le recours à des climatiseurs individuels, réduire les rejets de chaleur dans la rue et mieux piloter la puissance appelée lors des pics de demande.

La France ne dispose encore que d’une cinquantaine de réseaux de froid urbain, essentiellement dans les grandes métropoles. L’exécutif veut doubler la capacité de cette technologie d’ici à 2030, alors que l’enquête annuelle 2025 de la Fedene, réalisée avec Amorce sous tutelle du SDES, recense 294 km de réseaux de froid ayant livré 0,9 TWh en 2024, avec 5 nouveaux réseaux et 204 bâtiments supplémentaires raccordés par rapport à 2023.

Les industriels cherchent à élargir ce marché aux villes moyennes. Engie a annoncé le 16 juillet 2026, avec Villes de France, un programme de 100 études de potentiel visant des villes et agglomérations de 10 000 à 100 000 habitants, tandis que Veolia indique travailler à des implantations reposant notamment sur des ressources locales, renouvelables ou de récupération.

La canicule de juin a testé les capacités

Le Haut Conseil pour le climat estime que « le développement des réseaux de froid sera particulièrement intéressant » pour « minimiser » le recours à la climatisation et « diminuer les effets d’îlots de chaleur ». L’Ademe recommande aussi d’anticiper, à l’échelle des collectivités, le besoin en réseaux urbains de froid dans les plans d’adaptation aux vagues de chaleur.

La vague de chaleur de juin 2026 a toutefois montré la sensibilité de ces infrastructures au dimensionnement de puissance. Météo-France a qualifié l’épisode du 17 au 30 juin de canicule précoce, durable et très intense, avec un dépassement de 40 °C à Paris les 24 et 25 juin. Entre le 18 et le 27 juin, les maximales ont dépassé 35 °C chaque jour dans la capitale.

À Paris, plusieurs sites raccordés ont subi des coupures de climatisation, dont le cinéma UGC des Halles et un bâtiment du groupe bancaire BPCE. « Le problème, c’est qu’à Paris vous avez des installations de production de froid dimensionnées pour une température maximale de 35 degrés », explique l’ingénieur Pascal Stabat, professeur en énergétique à l’École des mines de Paris.

Le quartier de La Défense, alimenté par le deuxième plus grand réseau de froid de France, a également connu des tensions sur ses réserves de glace nocturnes. Idex La Défense a ensuite affirmé avoir assuré « 100% de la continuité du service », en citant la « coopération » des abonnés, « qui ont respecté les consignes de climatisation autour de 26 degrés ».

La puissance installée devient le paramètre clé

Pour le directeur général adjoint d’Engie, Frank Lacroix, « il faudra à l’avenir s’assurer de renforcer la robustesse du réseau ». Pascal Stabat juge que la question n’est pas une impossibilité technique : « Il y a des réseaux de froid en Arabie saoudite, donc s’adapter à des températures plus élevées, on peut le faire. Mais il faut investir pour avoir davantage de puissance. Donc ça coûte plus cher ».

Des modèles réversibles cherchent à renforcer cette résilience en distribuant alternativement du chaud et du froid selon les besoins. Sur le plateau de Saclay, au sud de Paris, Veolia exploite un réseau de chaleur totalement réversible, dont la puissance permet de couvrir la production estivale de froid dans un ensemble mêlant usines, laboratoires, centres de recherche et équipements sportifs.

Cette architecture suppose toutefois une « mixité des usages » entre bâtiments raccordés, plus simple à concevoir dans des zones aménagées que dans des quartiers existants. Pascal Stabat souligne la difficulté d’implanter ce type de système dans un bâti où les fonctions tertiaires et résidentielles ont longtemps été séparées, alors que les réseaux de chaleur et de froid nécessitent des tracés denses et des besoins complémentaires.

Le raccordement des logements constitue l’autre front de développement. Les réseaux de froid desservent aujourd’hui surtout des immeubles tertiaires, mais Frank Lacroix dit travailler à la possibilité de « ramener le froid, à Paris, via les cours intérieures » des immeubles.