Un déstockage coordonné sous pression américaine
La décision arrêtée le 2 octobre prévoit une mobilisation de produits raffinés, notamment du gazole, et de pétrole brut sous coordination de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Les pays du G7 se sont aussi engagés à ne pas instaurer d’interdiction ni de limitation des exportations d’énergie et de produits pétroliers entre eux.
Le président américain Donald Trump demandait depuis plusieurs jours aux États européens de mettre davantage de gazole sur le marché. Il avait brandi la possibilité de bloquer les exportations américaines de gazole, dont les marchés européens dépendent fortement.
Le communiqué des dirigeants du G7 prévoit une « importante libération de gazole » au cours des vingt premiers jours par les membres et partenaires du groupe. Emmanuel Macron a indiqué que la France ferait l’« effort » de privilégier le gazole au début, dans une « volonté d'envoyer un signal clair au marché ».
Des réserves conçues pour les ruptures d’approvisionnement
Les stocks stratégiques servent à limiter l’impact économique d’une pénurie ou d’une rupture d’approvisionnement. Selon l’AIE, la consommation mondiale de pétrole avoisine 100 millions de barils par jour, principalement dans les transports, l’industrie et la pétrochimie.
Créée en 1974 après le premier choc pétrolier, l’AIE compte 32 pays membres. Chacun doit détenir des stocks pétroliers correspondant à au moins 90 jours d’importations nettes, sous forme de réserves d’urgence, de stocks commerciaux mobilisables par l’État ou de volumes conservés à l’étranger dans le cadre d’accords bilatéraux.
Selon l’AIE, ses membres détenaient en mars 2026 plus de 1,2 milliard de barils de stocks d’urgence, auxquels s’ajoutaient 600 millions de barils de stocks industriels placés sous obligation publique. L’agence a également indiqué qu’en 2025, environ 20 millions de barils par jour de brut et de produits pétroliers avaient transité par le détroit d’Ormuz, soit près d’un quart du commerce maritime mondial de pétrole.
Un précédent de 400 millions de barils en mars
En mars 2026, l’AIE avait décidé une libération de 400 millions de barils afin d’amortir les conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur les marchés pétroliers. Cette opération était la sixième action collective de ce type depuis la création de l’agence et la plus importante jamais engagée sous son égide.
Au 21 juillet, 290 millions de barils avaient été effectivement libérés, selon l’AIE. Le G7 a demandé vendredi à l’agence de veiller à la mise en œuvre immédiate et intégrale des engagements pris en mars 2026, sans détailler le solde éventuel restant à exécuter.
Dans une action collective de l’AIE, chaque pays contribue en fonction de son poids dans la consommation pétrolière totale des membres de l’organisation. Les paramètres opérationnels, volumes nationaux, produits concernés et rythme de mise sur le marché, relèvent ensuite des États.
Le gazole au cœur de la composition des stocks
L’obligation de stockage de l’AIE ne fixe pas de répartition obligatoire entre brut et produits raffinés. Les pays disposant d’une importante capacité de raffinage peuvent privilégier le brut, plus flexible, tandis que l’AIE juge utile de conserver aussi des produits finis malgré des coûts de stockage plus élevés.
Pour les États relevant à la fois du cadre de l’AIE et de celui de l’Union européenne, un tiers des stocks doit être détenu sous forme de produits raffinés spécifiques. La directive européenne impose aux États membres de maintenir des stocks équivalant à 90 jours d’importations nettes moyennes ou à 61 jours de consommation intérieure moyenne, selon le niveau le plus élevé.
En France, le président-directeur général de la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité (SAGESS) a indiqué en avril devant l’Assemblée nationale qu’un déstockage pouvait être déclenché dans les 24 heures. Selon la plaquette SAGESS publiée en juillet 2025, l’organisme gérait 13,2 millions de tonnes de stocks répartis sur 81 sites à la fin de 2024.
Les données publiques 2024 de la SAGESS faisaient apparaître une composition dominée par le gazole, à 49,8% des réserves physiques, devant le brut à 30,6%, l’essence à 9,1%, le carburéacteur à 7,8% et le fioul domestique à 2,7%. La SAGESS et le ministère de l’Énergie n’ont pas communiqué de chiffres actualisés sur cette répartition.