Un ralentissement porté par les carburants

L’indice américain des prix à la consommation a progressé de 3,5% sur un an en juin, après 4,2% en mai, selon les données officielles publiées mardi. Le chiffre ressort sous les anticipations des investisseurs et reflète surtout une détente temporaire des prix de l’énergie.

Le poste essence a reculé de 9,7% sur un mois, après l’apaisement diplomatique observé entre Washington et Téhéran. Le Bureau of Labor Statistics indique aussi que l’indice des prix hors alimentation et énergie a ralenti à 2,6% sur un an en juin, contre 2,9% en mai.

La détente reste limitée au regard de la cible de la Réserve fédérale américaine, qui vise une inflation de 2%. Le recul du CPI ne signifie donc pas que la pression sur les prix a disparu, d’autant que plusieurs postes de consommation courante continuent d’augmenter.

Washington revendique une amélioration du pouvoir d’achat

Donald Trump a salué ces chiffres depuis la Maison Blanche. « Le rapport est incroyable. L'inflation est beaucoup plus basse. Cela veut dire que les prix baissent beaucoup et qu'on fait un super boulot », a déclaré le président américain.

Le président républicain a aussi relié cette statistique aux élections nationales de mi-mandat. « Souvenez-vous-en, souvenez-vous-en pour les midterms. Je le dis à cette caméra: souvenez-vous-en, car personne d'autre n'aurait pu y arriver. Les prix sont en forte baisse », a-t-il lancé mardi.

Donald Trump avait placé le pouvoir d’achat au centre de sa campagne victorieuse de 2024. La guerre en Iran, impopulaire aux États-Unis selon la dépêche, place toutefois son administration sous pression à quelques mois des midterms.

La Fed reste prudente sur la trajectoire des prix

Le président de la Réserve fédérale américaine Kevin Warsh, nommé par Donald Trump, a refusé de considérer le ralentissement de juin comme un signal suffisant. « Il y aura peut-être des gens qui devant les données (...) diront: +Oh mission accomplie, tout roule+. Ce n'est pas mon avis », a-t-il déclaré lors de sa première audition au Congrès depuis sa prise de fonction.

La veille, le gouverneur de la Fed Christopher Waller avait indiqué qu’il soutiendrait « à court terme » un resserrement monétaire si l’inflation sous-jacente continuait d’évoluer défavorablement. Le ralentissement de cet indicateur en juin réduit, pour les marchés financiers, la probabilité d’une hausse très prochaine des taux directeurs.

Christopher Waller avait cité plusieurs facteurs de pression sur les prix américains: l’énergie, les droits de douane instaurés par Donald Trump, ainsi que la demande liée à l’intelligence artificielle et aux centres de données. Cette dernière contribue, selon lui, à renchérir certains équipements de climatisation et composants électroniques.

Le pétrole menace le répit observé à la pompe

Depuis la publication de l’indice de juin, les hostilités ont repris dans le Golfe et les cours mondiaux du pétrole ont rebondi. L’agence américaine d’information sur l’énergie, l’EIA, a publié le 14 juillet un prix moyen de l’essence ordinaire de 3,777 dollars par gallon aux États-Unis, encore inférieur aux niveaux de juin mais exposé aux mouvements du brut.

Le Brent a bondi lundi à 83,30 dollars le baril, selon l’agence Associated Press, après de nouvelles tensions autour du détroit d’Ormuz. Une hausse durable du brut se transmet généralement aux prix des carburants avec un délai, via les coûts d’approvisionnement et de raffinage.

« On craint que ce répit ne soit que de courte durée avec la reprise de la guerre en Iran. La situation est trop incertaine pour savoir comment cette histoire d'inflation va se terminer », a estimé Heather Long, économiste de Navy Federal Credit Union.

La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a, elle, attaqué la politique économique de l’exécutif. « L'inflation reste trop élevée, les familles faisant les frais de la politique économique ratée de Donald Trump. (...) Au lieu de faire baisser les coûts, Donald Trump redouble d'efforts dans sa guerre illégale contre l'Iran », a-t-elle affirmé dans un communiqué.

Les ménages américains paient davantage pour le logement, avec des loyers en hausse de 2,8% sur un an, l’habillement, en hausse de 3,9%, et l’alimentation, en hausse de 3%. Les fruits et légumes coûtent 5,3% de plus qu’en juin 2025, tandis que l’énergie dans son ensemble progresse de près de 16% sur un an et que les billets d’avion augmentent de plus de 26%.