Le contrôle d’Ormuz redevient le point dur

Le protocole d’accord signé le 17 juin devait ouvrir une séquence de désescalade après la guerre déclenchée le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l’Iran. Les combats entre forces iraniennes et américaines ont toutefois repris le mardi 7 juillet, avec les échanges de frappes les plus importants depuis la signature de ce texte.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a écrit samedi 11 juillet sur X que « Jusqu'à présent, l'Iran a tenu parole ». Il a ajouté qu’il « ne peut y avoir de respect que lorsqu'il est mutuel », au moment où Washington considère à nouveau le cessez-le-feu comme caduc.

Le différend porte désormais sur les conditions de navigation dans le détroit d'Ormuz. Téhéran n’autorise qu’un couloir maritime le long de ses côtes et écarte un retour au régime d’avant-guerre, lorsque le transit était gratuit dans ce passage stratégique entre le golfe Persique et la mer d’Oman.

Washington exige un engagement public iranien

Donald Trump a déclaré vendredi 10 juillet que le cessez-le-feu était « terminé », tout en laissant ouverte la poursuite de discussions avec Téhéran. « La République islamique d'Iran nous a demandé de continuer +les discussions+. Nous avons accepté de le faire, mais les Etats-Unis leur ont signifié, en des termes sans équivoque, que le cessez-le-feu était TERMINE! », a affirmé le président américain.

Le porte-parole de la diplomatie iranienne a contesté cette version, assurant que Téhéran « n'a fait aucune demande ». Il a annoncé qu’Abbas Araghchi devait se rendre samedi à Oman pour discuter du détroit d’Ormuz, alors que le sultanat occupe, avec l’Iran, l’une des deux rives de cette voie maritime.

Selon les médias américains Axios et Politico, l’administration américaine a donné à l’Iran jusqu’à samedi pour s’engager publiquement à ne plus viser de navires dans le détroit. Les États-Unis ont aussi rétabli les sanctions économiques contre le pétrole iranien qui avaient été suspendues par le protocole du 17 juin, une mesure qualifiée samedi de « violation » du cessez-le-feu par Abbas Araghchi.

Un choc potentiel pour les flux pétroliers et gaziers

Les États-Unis ont frappé l’Iran pendant deux nuits consécutives après avoir attribué à Téhéran des attaques contre trois navires commerciaux dans le détroit. L’Iran a riposté en visant plusieurs voisins du Golfe, dont le Koweït, où au moins une personne a été blessée, Bahreïn et le Qatar, qui participe aux médiations.

Le rôle énergétique d’Ormuz explique la sensibilité de cette séquence militaire. Selon l’Agence internationale de l’énergie, près de 20 millions de barils par jour de pétrole brut, condensats et produits pétroliers ont transité par ce passage en 2025, soit environ 25 % du commerce maritime mondial de pétrole.

Le risque concerne aussi le GNL. L’Agence internationale de l’énergie estime que les exportations qataries et émiraties transitant par Ormuz représentaient un peu plus de 112 milliards de m3 en 2025, soit près de 20 % du commerce mondial de GNL, avec des itinéraires de contournement très limités pour ces volumes.

L’Energy Information Administration américaine évaluait en mai 2026 les flux pétroliers par Ormuz à 14,6 millions de barils par jour au premier trimestre 2026, contre 20,7 millions de barils par jour au quatrième trimestre 2025. L’agence précisait que les signaux AIS des navires étaient devenus particulièrement peu fiables depuis la fin février, ce qui obligeait à réviser fréquemment les estimations de trafic.

Les médiateurs tentent de préserver le dialogue

La reprise des tensions a coïncidé avec les funérailles du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le premier jour de la guerre et inhumé vendredi dans le mausolée de l’imam Reza, à Machhad, dans le nord-est de l’Iran. Washington affirme avoir ciblé des objectifs militaires, tandis que la République islamique accuse les États-Unis d’avoir également frappé des infrastructures civiles pour empêcher les fidèles de participer aux obsèques.

Le calme est revenu dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 juillet. Une délégation du Qatar est arrivée vendredi en Iran pour des pourparlers, selon un média local, tandis que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a indiqué sur X avoir demandé au président iranien Massoud Pezeshkian de préserver une paix « durement gagnée ».

En Iran, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, principal négociateur avec Washington, a averti que le conflit ne se terminerait « jamais avec une reddition de l'Iran ». Le chef du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohammad Bagher Zolghadr, a de son côté prévenu que son pays riposterait « à toute attaque » contre ses infrastructures, y compris en frappant Israël.