Téhéran promet une riposte plus dure
Mohammad Bagher Ghalibaf, négociateur en chef de l’Iran et président du Parlement, a affirmé dimanche que « l'ère des ripostes proportionnées était révolue », dans un message relayé par un média d’État iranien. Il a prévenu que « Toute agression contre les intérêts et la sécurité de l'Iran recevra une réponse plus rapide, plus intense et plus douloureuse ».
Cette déclaration intervient alors que les négociations restent bloquées pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient, déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines sur Téhéran. Après un mois d’accalmie, les combats ont repris le 30 août à l’initiative de l’armée américaine, qui a bombardé des infrastructures iraniennes dans le détroit d’Ormuz.
Ormuz concentre l’escalade navale
Les Gardiens de la Révolution ont annoncé tôt dimanche avoir attaqué « un navire américain de surface, sans pilote, qui tentait de pénétrer » dans le détroit d’Ormuz, selon la télévision d’État iranienne. Ils avaient auparavant déclaré avoir « ciblé trois pétroliers sur des passages non autorisés dans le détroit d'Ormuz et trois navires américains dans d'autres zones », en avertissant les bâtiments qui emprunteraient des routes non validées par Téhéran.
Le Commandement américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, avait indiqué samedi avoir frappé trois pétroliers iraniens. L’un se trouvait au large de l’île de Kharg, où est situé le principal terminal pétrolier iranien dans le Golfe, le deuxième plus au sud près de Jask, à proximité du détroit, et le troisième dans le golfe d’Oman.
D’après des correspondants de la télévision d’État iranienne, les frappes américaines n’ont pas causé de victimes et les équipages ont été évacués à terre. Selon Energy Intelligence en juin 2026, l’île de Kharg a concentré plus de 94 % des volumes iraniens de brut et de condensats exportés en 2025.
Washington assume une logique de coût économique
L’armée américaine a présenté ses frappes comme une réponse à plusieurs attaques iraniennes qualifiées de non provoquées contre un porte-avions et un destroyer américains, qui auraient échappé aux tirs. Aucun militaire américain n’a été blessé, selon Washington.
« Si vous tirez sur deux de nos navires, nous vous imposerons un prix économique encore plus grand: vous en prendre trois », a déclaré l’amiral Brad Cooper, chef du Centcom. Les Gardiens de la Révolution ont confirmé l’attaque contre « trois pétroliers appartenant à la République islamique » et l’ont décrite comme un « acte de désespoir face à la fermeture » du passage maritime.
Le détroit d’Ormuz reste un point de vulnérabilité majeur pour les marchés pétroliers et gaziers. Selon l’EIA américaine, 20 millions de barils par jour de pétrole et de liquides pétroliers y ont transité en moyenne en 2024, soit environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers.
Les États-Unis appliquent en représailles un blocus naval sur les ports iraniens. Jeudi 3 septembre, le vice-président américain JD Vance a affirmé que les flux de pétrole et de gaz par Ormuz avaient « presque » retrouvé leurs niveaux d’avant-guerre.
Trump privilégie la « guerre économique »
À l’approche des élections américaines de mi-mandat prévues en novembre, Donald Trump cherche à contenir la portée politique du conflit. Le président américain affirme vouloir désormais mettre l’accent sur la « guerre économique » contre l’Iran, déjà visé par des sanctions depuis plusieurs décennies.
Donald Trump a déclaré vendredi 4 septembre que les États-Unis conduisaient des « frappes ponctuelles » en Iran, tout en assurant « ne pas être actuellement en train de se battre ». Le conflit a déjà causé des milliers de morts et provoqué une flambée des cours du pétrole, avec des répercussions sur plusieurs fronts régionaux.
Au Liban, des frappes israéliennes menées dimanche dans le sud du pays ont tué quatre personnes, dont deux femmes, et blessé 20 autres, selon le ministère libanais de la Santé. L’armée israélienne a dit répondre au lancement de deux drones par le Hezbollah contre ses soldats, tandis que le mouvement chiite n’a revendiqué aucune attaque depuis juin.
Au Yémen, les combats ont également repris entre les forces gouvernementales et les rebelles houthis pro-iraniens, malgré un répit observé depuis plusieurs années grâce à une trêve. Les nouveaux affrontements y ont fait près de 200 morts depuis jeudi 3 septembre.