La souveraineté du détroit en question

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi a répliqué samedi sur X aux déclarations faites la veille par Donald Trump lors d’un meeting à Garden City, près de New York. Le président américain y avait déclaré : « Une fois que nous aurons fini de battre l'Iran (...), bientôt je déclarerai le détroit d'Ormuz comme étant un territoire des Etats-Unis ».

Téhéran présente le détroit d'Ormuz comme un espace relevant de son autorité directe. « Le détroit d'Ormuz a été iranien, est iranien et restera iranien. Ce détroit ne sera ouvert et fermé que sur ordre de l'Iran », a affirmé Kazem Gharibabadi.

Le responsable iranien a ajouté que ce passage « ne peut pas être pris d'assaut avec un tweet ou un porte-avions, ni par un décret présidentiel, ni par un discours de campagne électorale ». Donald Trump affirme régulièrement que les États-Unis disposent du « contrôle » d’Ormuz, une position dénoncée par Téhéran comme un « mensonge ».

Selon Brian Schwartz, journaliste du Wall Street Journal, qui cite sur X un haut responsable de la Maison Blanche, Donald Trump « plaisantait » lorsqu’il a évoqué un futur « territoire américain ». La réaction iranienne montre toutefois que cette formulation s’inscrit dans un différend devenu central dans la guerre entre Washington et Téhéran.

Un verrou énergétique sous pression militaire

Le conflit entre les États-Unis et l’Iran dure depuis plus de cinq mois et a causé des milliers de morts. Depuis plusieurs semaines, la confrontation se concentre sur Ormuz, route maritime déterminante pour les exportations d’hydrocarbures du Golfe vers les marchés mondiaux.

Selon l’Energy Information Administration américaine, les flux pétroliers passant par Ormuz ont atteint en moyenne 20 millions de barils par jour en 2024, soit environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers. L’EIA indique aussi qu’en 2024 près de 20 % du commerce mondial de GNL a transité par ce même passage, principalement depuis le Qatar.

La guerre a été déclenchée fin février par une attaque américano-israélienne contre la République islamique. L’Iran avait ensuite frappé des pays voisins alliés de Washington et fermé le détroit, ce qui avait provoqué une forte hausse des cours pétroliers.

Les États-Unis ont, en réponse, imposé un blocus aux ports iraniens. L’Organisation maritime internationale a indiqué en juillet que des centaines de navires, avec environ 6 000 marins à bord, restaient bloqués dans le golfe Persique depuis le début du conflit au Moyen-Orient.

Le prix de l’essence alimente le coût politique de la guerre

Donald Trump a de nouveau lié l’intervention américaine à la question nucléaire iranienne. Alors qu’une des justifications avancées pour l’attaque de fin février concernait la crainte de voir Téhéran se doter de l’arme nucléaire, le président américain a promis que l’Iran ne l’obtiendrait « jamais ».

Les autorités iraniennes rejettent cette accusation et affirment défendre uniquement leur droit au nucléaire civil. Donald Trump a parallèlement assumé l’impact du conflit sur les consommateurs américains : « Si vous devez payer un peu plus » pour l’essence, « c'est ok. (...) Je ne m'excuserai jamais. J'ai pris la bonne décision ».

Vendredi, le prix de l’essence aux États-Unis dépassait de plus de 35 % son niveau d’avant-guerre, avec des hausses importantes également observées ailleurs dans le monde. Le conflit reste impopulaire et la hausse du coût de la vie a contribué à une forte baisse de la cote de popularité du président américain.

Le protocole d’accord conclu en juin entre les États-Unis et l’Iran pour installer une sortie durable de guerre a échoué début juillet, notamment à cause des divergences sur Ormuz. Les frappes ont repris de part et d’autre après cet échec, même si leur intensité a diminué ces derniers jours.

Washington privilégie la pression économique

Les négociations entre les belligérants restent bloquées. Après avoir menacé à plusieurs reprises de frapper massivement l’Iran faute d’accord sur Ormuz, Donald Trump semble désormais s’orienter vers une posture plus attentiste, appuyée sur la contrainte économique.

Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a menacé jeudi l’Iran d’un isolement économique « comme le monde n'en a jamais vu ». Cette pression s’ajoute au blocus américain visant les ports iraniens et au différend sur le statut opérationnel du détroit.

Sur le terrain maritime, des attaques régulièrement attribuées à l’Iran continuent de viser des navires empruntant Ormuz. Les Émirats arabes unis ont accusé vendredi l’Iran d’avoir frappé deux navires affiliés à la compagnie pétrolière publique Adnoc pendant leur passage dans le détroit.

De l’autre côté de la péninsule arabique, en mer Rouge, les rebelles yéménites Houthis, alliés de Téhéran, ciblent des navires saoudiens ou des infrastructures pétrolières en Arabie saoudite, pays allié des États-Unis.