Une bonne étiquette ne garantit pas le confort d’été

Au Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne, Louis Legrand a mesuré jusqu’à 36°C dans son appartement pendant la vague de chaleur de fin juin, malgré une rénovation complète réalisée il y a quelques années par un promoteur. Son logement bénéficie pourtant d’une étiquette B au diagnostic de performance énergétique, dont l’échelle va de A pour les bâtiments les plus performants à G pour les plus consommateurs d’énergie.

« Notre appartement est très bien isolé, en hiver on n'allume quasiment pas le chauffage », explique Louis Legrand, qui dit ne pas avoir anticipé de telles températures estivales en achetant un bien bien classé. Le cas met en évidence une limite du DPE actuel : la lettre principale renseigne d’abord la consommation conventionnelle d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre, pas la capacité du logement à rester habitable lors d’une canicule.

Selon l’étude publiée le 16 juin 2026 par Pouget Consultants et l’Alliance des industriels des solutions électriques et numériques du bâtiment, à partir d’environ 9 millions d’indicateurs « confort d’été » issus de la base DPE de l’Ademe, un tiers des logements classés A ou B sont considérés comme insuffisamment adaptés aux fortes chaleurs. L’étude estime aussi que près d’un logement sur deux analysé peut entrer dans la catégorie des « bouilloires thermiques ».

Les protections solaires pèsent plus que la lettre DPE

Le DPE comporte bien un indicateur séparé de confort d’été, présenté sous la forme d’un pictogramme. Celui-ci examine notamment les protections solaires aux fenêtres, la présence de brasseurs d’air, le caractère traversant du logement, l’inertie du bâtiment et l’exposition des parois vitrées, sans modifier directement la note alphabétique affichée.

Pour Tom Sarrebourse, ingénieur chez Pouget Consultants, l’absence de volets ou d’équipements équivalents suffit à dégrader fortement l’évaluation estivale : « Si les parois vitrées orientées au sud, à l'est et à l'ouest n'ont pas de protection solaire », le logement est classé directement comme insuffisant du point de vue du confort d’été. Louis Legrand ne dispose d’aucun volet dans son appartement.

Le même classement défavorable s’applique aussi aux logements situés au dernier étage sous une toiture non isolée, précise Tom Sarrebourse. « Les autres critères - logement traversant, brasseurs d'air, inertie du bâtiment - déterminent si l'indicateur ressort moyen ou bon », ajoute-t-il.

Christophe Rodriguez, directeur de l’Institut français pour la performance du bâtiment, juge cette méthode cohérente avec la physique du bâtiment : « 70% de la chaleur rentre par le rayonnement du soleil sur les fenêtres ». La Fondation pour le logement demande que l’indicateur de confort d’été du DPE soit affiché systématiquement dans les annonces immobilières, et non seulement la lettre énergétique.

L’isolation seule ne suffit pas contre la surchauffe

L’isolation des logements, indispensable pour réduire les besoins de chauffage et traiter les passoires thermiques, peut être mal comprise lorsqu’elle n’est pas associée à des protections solaires et à une ventilation efficace. Christophe Rodriguez résume cette limite par une formule technique : les « réglementations thermiques ont un ADN hiver et cherchent à garder la chaleur du chauffage en sur-isolant ».

« Mais si vous avez le malheur d'oublier les occultations solaires ou que vous n'avez pas la possibilité de bien ventiler le logement, la chaleur rentre et cela devient très compliqué de la faire sortir », poursuit-il. L’effet est particulièrement sensible pendant une canicule, lorsque les températures nocturnes restent élevées et réduisent la possibilité de rafraîchir naturellement le logement.

Le choix des matériaux intervient également. Certains isolants, comme la laine de bois, présentent une capacité à retarder la transmission de chaleur supérieure à celle de la laine de verre ou du polystyrène, selon les experts cités. Tom Sarrebourse souligne un autre point : « en isolant par l'intérieur, on coupe l'inertie des parois », c’est-à-dire la capacité des murs, planchers ou plafonds à absorber puis restituer progressivement la chaleur.

Jean-Philippe Ndobo-Epoy, de l’association de professionnels de l’isolation Mur manteau, rattache cette inertie à « la masse du mur », à l’image « des cathédrales où les murs sont tellement épais » que l’intérieur reste frais plusieurs jours. Cette propriété explique que certaines maisons anciennes en pierre, parfois mal notées au DPE, conservent un meilleur confort intérieur en période de forte chaleur.

Rénovation énergétique et adaptation doivent être traitées ensemble

Les trois experts cités ne remettent pas en cause l’intérêt de l’isolation pour le confort d’été : elle limite aussi les apports de chaleur par les murs et la toiture. Le point critique porte sur la conception globale de la rénovation, qui doit combiner isolation, ombrage des baies vitrées, circulation d’air et inertie.

« Quand vous rénovez une passoire, vous êtes à un volet et un brasseur d'air de ne plus en faire une bouilloire non plus », affirme Christophe Rodriguez. Dans le DPE, le confort d’été passif ne tient pas compte des systèmes actifs de refroidissement, à l’exception des brasseurs d’air fixes, ce qui renforce le rôle des solutions sobres comme les volets, stores extérieurs, logements traversants et protections de toiture.

L’étude Pouget Consultants-Ignes indique que seuls environ 10% des logements étudiés disposent d’un indicateur de confort d’été jugé bon. Elle conclut que 88,9% des logements ayant fait l’objet d’un DPE depuis 2021 présentent une adaptation insuffisante ou seulement moyenne aux fortes chaleurs, avec un déficit marqué de protections solaires extérieures.