Londres ouvre les vannes budgétaires pour contrer inflation et récession

  • AFP
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Gel des factures énergétiques, baisses d'impôts mais aussi durcissement de minima sociaux et dérégulation : Londres dévoile vendredi un cocktail de mesures pour stimuler la croissance et atténuer l'inflation, avec des effets secondaires potentiellement sévères pour les finances publiques.

Avec une inflation à quasi 10%, une économie en récession selon la Banque d'Angleterre, une confiance des consommateurs à un plancher record et une livre déprimée, le nouveau chancelier de l'Échiquier Kwasi Kwarteng espère administrer une potion revivifiante aux ménages et aux entreprises.

"Attiser la croissance en baissant les impôts et en éliminant (un excès de) réglementation est la mission centrale de ce gouvernement", commente un communiqué du Trésor.

"C'est comme ça que nous inverserons le cercle vicieux de la stagnation" économique, insiste Kwasi Kwarteng, qui présentera ses mesures au Parlement à partir de 08H30 GMT.

Si l'essentiel du "bazooka fiscal", tel que le surnomme le Daily Telegraph, a déjà été largement révélé, ce quotidien laisse attendre deux annonces surprise.

En pleine crise du pouvoir d'achat au Royaume-Uni, la mesure phare du "mini-budget", tel qu'il est surnommé, sera le gel des factures d'énergie pour deux ans, à 2.500 livres pour un ménage moyen, une ristourne d'au moins 1.000 livres financée par le gouvernement.

Les entreprises ne sont pas en reste et verront leurs factures prises en charge pour moitié environ pour six mois.

Les prix du gaz et de l'électricité ont flambé depuis le début de la guerre en Ukraine, à cause des limitations sur l'approvisionnement en hydrocarbures venus de Russie, et le Royaume-Uni est particulièrement dépendant du gaz.

- Recettes des Conservateurs -

À côté de ce soutien massif pour les factures énergétiques, qui était prôné par l'opposition travailliste et qui devrait coûter des dizaines de milliards de livres, le cocktail de mesures du gouvernement Truss comprend une bonne dose de recettes prisées des Conservateurs, notamment des baisses d'impôts.

L'abaissement des contributions sociales est confirmé pour les entreprises ("social levy") comme pour les ménages - salué notamment par les Chambres du commerce britanniques - ainsi que la suspension de certains prélèvements écologiques.

D'après la presse britannique, le gouvernement Truss prévoit aussi une baisse de la taxe sur les transactions immobilières.

"On ne peut pas se tailler un chemin vers la prospérité à coup de taxes", a martelé Kwasi Kwarteng jeudi.

La première ministre a reconnu que cette politique favorisera surtout les plus aisés.

"On ne peut pas continuer avec cette vieille approche de l'économie du ruissellement qui a mis la croissance au plancher", a répliqué la responsable économique de l'opposition travailliste, Rachel Reeves.

L'économie du ruissellement ou "trickle-down" implique que lorsque les plus aisés s'enrichissent, leurs dépenses et investissements stimulent toute l'activité et bénéficie aux moins aisés également.

Les économistes s'inquiètent de leur côté que le mélange de baisses d'impôts et d'aides massives, financé par l'emprunt, s'annonce toxique pour les finances publiques.

L'Institut des études budgétaires (IFS) a averti que le plan Truss risquait de mettre la dette sur une "trajectoire insoutenable".

- "Remettre au travail" -

Autre mantra conservateur martelé par le nouveau chancelier de l'Échiquier : "remettre la Grande-Bretagne au travail".

Alors que le marché de l'emploi britannique souffre d'un grave manque de travailleurs, le Trésor a annoncé que l'accès au revenu minimal ("universal credit") serait assorti d'obligations pour certaines personnes qui travaillent moins de 15 heures par semaine.

Cela pourrait inclure le fait de "postuler à un emploi, participer à des entretiens d'embauche", ajoute le Trésor, qui veut aussi inciter les plus de 50 ans à revenir sur le marché du travail, dont ils sont sortis en grandes proportions depuis la pandémie, notamment pour cause de maladies longues.

Afin d'attirer des investissements au Royaume-Uni et notamment dans le secteur financier de la City, Kwasi Kwarteng et Liz Truss veulent aussi s'afficher comme des hérauts de la dérégulation post-Brexit.

Le gouvernement britannique "veut mettre fin à toutes les lois émanant de l'Union européenne d'ici au 31 décembre 2023" et ainsi "éliminer la bureaucratie inutile".

Selon la presse britannique, Londres veut notamment abolir les limites héritées de l'UE sur les bonus de la City.

Enfin, le Trésor ambitionne de créer 38 zones "d'investissement" dérégulées, ressemblant au projet de ports francs du gouvernement conservateur précédent.

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