Une production attendue de Kingfisher de 40 000 barils par jour début 2027
Le démarrage annoncé concerne d’abord le gisement de Kingfisher, dans l’ouest de l’Ouganda, sur la rive sud-est du lac Albert. La secrétaire permanente du ministère ougandais de l’Énergie, Irene Batebe, a indiqué que le site exploité par la compagnie publique chinoise CNOOC devait produire 28 000 barils par jour avant d’atteindre 40 000 barils par jour au début de l’année prochaine.
TotalEnergies et CNOOC sont associés dans les deux grands développements pétroliers du bassin du lac Albert, Tilenga et Kingfisher. Tilenga, opéré par TotalEnergies sur la rive nord-est du lac, regroupe environ 400 puits, tandis que Kingfisher en compte une trentaine. Selon l’Uganda National Oil Company, l’État ougandais détient 15 % de Tilenga, aux côtés de TotalEnergies EP Uganda avec 56,67 % et de CNOOC Uganda avec 28,33 %. TotalEnergies indique que Tilenga et Kingfisher doivent atteindre ensemble un plateau de 230 000 barils par jour, dont 190 000 barils par jour pour Tilenga.
Un pétrole brut peu soufré
Le site de Tilenga est achevé à 74 %, mais Irene Batebe a précisé que des travaux restaient nécessaires avant le démarrage. L’oléoduc est-africain Eacop, destiné à évacuer le pétrole brut ougandais vers l’océan Indien, est pour sa part achevé à 92,7 %, selon les chiffres communiqués par le ministère.
L’Eacop doit relier les zones de production ougandaises au port tanzanien de Tanga sur 1 443 km, un maillon décisif pour un pays sans accès maritime. Le ministère ougandais estime que les éléments techniques nécessaires au lancement sont désormais réunis. Les autorités estiment que les revenus pétroliers pourraient atteindre 2 milliards de dollars par an au pic de production, sur une période annoncée de 20 ans.
Le président ougandais Yoweri Museveni a officiellement donné au brut le nom de Pearl Sweet lors de la cérémonie organisée à Kingfisher. Il a associé le terme Sweet au faible taux de soufre du pétrole ougandais, et Pearl au surnom de « perle de l’Afrique » donné au pays. La ministre ougandaise de l’Énergie Monica Musenero a relié cette appellation à l’engagement environnemental revendiqué par Kampala. Selon elle, la perle « représente aussi la pureté et l'innocence, ce qui exprime notre soin extrême à faire en sorte de ne pas polluer ».
Une « bombe climatique » selon les ONG
Le projet reste vivement contesté par des défenseurs de l’environnement. Ceux-ci soulignent qu’environ 100 puits de Tilenga se situent dans le parc national de Murchison Falls, le plus vaste et le plus ancien du pays, et alertent sur les risques de fuites le long de l’Eacop, dont le tracé traverse des écosystèmes fragiles et des réseaux d’eau douce.
Des experts ont également qualifié l’Eacop de « bombe climatique » en raison des émissions de gaz à effet de serre associées au projet. Cette critique vise à la fois l’infrastructure de transport et l’exploitation d’un nouveau bassin pétrolier destiné à l’exportation.
Des ONG dénoncent aussi l’expropriation de plus de 100 000 personnes, avec des griefs portant sur l’information des populations, des « pressions et intimidations », des compensations jugées insuffisantes ou versées après la perte d’accès aux terres et aux moyens de subsistance. TotalEnergies conteste ces chiffres et ces accusations, et affirme que 99,3 % des accords de compensation étaient signés et 99,2 % payés en janvier 2026.