La Syrie se présente comme corridor vers l'Irak et le Golfe

Le forum économique organisé au palais présidentiel de Damas a servi de cadre à une séquence centrée sur les routes énergétiques, portuaires et logistiques. Le président syrien Ahmad al-Chareh, dirigeant de la transition, a dit souhaiter que la France devienne « le premier partenaire » de son pays dans cette trajectoire.

Emmanuel Macron a affirmé sa « conviction que s'ouvre une nouvelle ère en Syrie », en indiquant que la France et ses entreprises voulaient y « participer ». Après treize années de guerre civile et d'isolement international, Damas cherche à remettre en avant des liaisons maritimes, terrestres et numériques vers l'Irak et les pays du Golfe.

Ormuz renforce l'intérêt pour les itinéraires terrestres

Le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran pendant la guerre avec les États-Unis a donné un relief particulier aux discussions. Selon l'Energy Information Administration américaine, les flux pétroliers transitant par ce passage ont atteint en moyenne 20 millions de barils par jour en 2024, soit environ 20% de la consommation mondiale de liquides pétroliers.

La paralysie de cette route maritime stratégique a entraîné une forte hausse des cours du pétrole et des prix à la pompe, avec des effets sur l'économie mondiale. Ahmad al-Chareh a estimé que la crise d'Ormuz avait montré « l'importance de la géographie de la Syrie, qui recouvre un rôle vital de carrefour incontournable des corridors mondiaux ».

Le président syrien a présenté le partenariat recherché avec Paris comme « le modèle que nous souhaitons pour nos relations avec l'Europe et avec le monde entier », en citant les ports, la navigation aérienne, l'énergie, l'eau et la santé. Emmanuel Macron a, de son côté, lié la reconstruction syrienne à la possibilité de bâtir « des routes énergétiques ou de données » réduisant l'exposition aux crises géopolitiques.

Des groupes français se positionnent sans écarter le risque sécuritaire

La délégation française comprenait notamment le PDG de CMA CGM Rodolphe Saadé et le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné. Une quinzaine d'accords ont été signés lors de cette visite, inédite depuis l'arrivée au pouvoir en 2024 de la coalition islamiste de M. Chareh, qui a renversé Bachar al-Assad.

Parmi les textes conclus figure un accord-cadre bilatéral de coopération visant à soutenir la reconstruction, la sécurité et le retour de la Syrie à la prospérité. D'autres accords portent sur la santé, l'aviation civile, le secteur bancaire, les infrastructures d'eau et les infrastructures routières.

Le contexte sécuritaire reste un obstacle immédiat aux projets industriels. Un double attentat à la bombe a fait mardi 18 blessés près de l'hôtel où Emmanuel Macron avait passé la nuit.

Avant l'annonce de ces explosions, Patrick Pouyanné avait déclaré à des journalistes : « Aujourd'hui, c'est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c'est une belle initiative de venir ici, à Damas ». Selon lui, la Syrie pourrait redevenir à terme un « pays de transit important pour le pétrole qui vient d'Irak vers la Méditerranée » et offrir des « routes alternatives » à Ormuz.

Bagdad et Damas évoquent la relance de l'oléoduc

Début avril, l'Irak avait annoncé avoir lancé le transport de pétrole par camion à travers la Syrie en vue d'une réexportation, dans un contexte de quasi-paralysie du détroit. Bagdad et Damas ont aussi récemment discuté d'un projet de restauration de l'oléoduc reliant les deux pays, fermé depuis des décennies.

La remise en service d'un corridor irako-syrien supposerait de traiter à la fois les conditions de sécurité, l'état des infrastructures et les modalités de transit. Dans l'immédiat, les autorités syriennes et françaises présentent surtout la géographie du pays comme un levier possible de diversification des routes énergétiques régionales.

CMA CGM a conclu un « partenariat stratégique » avec les autorités syriennes, notamment dans le domaine portuaire.