Sea Lion, un projet vivement condamné
Lors d'un forum politique conservateur à Buenos Aires, le ministre argentin des Affaires étrangères Pablo Quirno a directement mis en cause les activités liées aux hydrocarbures autour de l'archipel. « Il se passe des choses aux Malouines qui relèvent de décisions unilatérales du Royaume-Uni, que non seulement nous rejetons, mais que nous condamnons très clairement », a-t-il déclaré.
Le ministre a ajouté que l'Argentine « doit disposer de tous les outils possibles » pour défendre ses intérêts et obtenir la souveraineté sur ces îles, que Buenos Aires désigne sous le nom de Malvinas. Le Royaume-Uni administre de facto l'archipel, situé à environ 600 km des côtes argentines.
La contestation argentine porte sur Sea Lion, un développement pétrolier situé au nord des îles et porté par Rockhopper Exploration, société britannique, avec Navitas Petroleum, groupe israélien opérant via une filiale britannique. Les plaignants argentins présentent ce projet comme une exploitation de grande ampleur sur le plateau continental argentin, à 220 km des Malouines.
Sea Lion doit entrer en production à partir de 2028
Navitas Petroleum indique que Sea Lion a franchi la décision finale d'investissement en décembre 2025, avec Rockhopper Exploration. Le groupe prévoit une extraction de pétrole à partir de mars 2028. Le montage industriel annoncé attribue 65% du projet à Navitas Petroleum Development and Production et 35% à Rockhopper Exploration. Selon Navitas, les réserves 2P associées à sa participation atteignent 216 millions de barils équivalent pétrole, tandis que les ressources 2C atteignent 603 millions de barils équivalent pétrole.
Le développement doit être progressif. La première phase prévoit 11 puits sous-marins raccordés à une unité flottante de production, stockage et déchargement, puis une seconde phase doit ajouter 12 puits environ trois ans après le premier pétrole, d'après les éléments publiés par l'opérateur.
D'anciens combattants argentins saisissent la justice
Des anciens combattants argentins de la guerre de 1982 et des avocats spécialisés en droit de l'environnement ont saisi mardi la justice en Argentine afin de faire obstacle au projet. Leur démarche vise les deux compagnies impliquées dans Sea Lion et s'inscrit à la fois dans le contentieux de souveraineté et dans une contestation environnementale.
La plainte affirme que le projet serait développé sans autorisation de l'autorité argentine compétente. La chancellerie argentine avait déjà déclaré illégales et clandestines les activités de plusieurs sociétés opérant autour des Malouines, dont Rockhopper et Navitas, au regard du droit argentin.
Buenos Aires s'appuie aussi sur le cadre des Nations unies. La résolution 2065 de l'Assemblée générale, adoptée en 1965, reconnaît l'existence d'un différend de souveraineté entre l'Argentine et le Royaume-Uni sur les Malouines, et des textes ultérieurs demandent aux deux parties de rechercher une solution pacifique et de ne pas modifier unilatéralement la situation du territoire disputé.
« La cause la plus importante et la plus sacrée pour nous les Argentins »
Le président des États-Unis a indiqué lundi 31 août qu'il n'excluait pas de « revoir » la neutralité de Washington sur la souveraineté des Malouines. Jusqu'à présent, les États-Unis reconnaissent l'administration britannique effective de l'archipel sans trancher la souveraineté. Cette ligne correspond à celle de la plupart des pays occidentaux, qui distinguent l'exercice administratif actuel du règlement juridique du différend entre Londres et Buenos Aires.
Le président argentin Javier Milei a salué le 1er septembre les propos de son homologue américain, évoquant « quelque chose de très fort concernant la cause la plus importante et la plus sacrée pour nous les Argentins ». Il doit s'exprimer à ce sujet jeudi 3 septembre au soir lors d'une allocution à la télévision nationale.
Le conflit de 1982 avait commencé après l'invasion argentine de l'archipel. Les forces britanniques avaient repris les Malouines après 74 jours de combats, au cours desquels 649 militaires argentins et 255 militaires britanniques avaient été tués.