Des « résultats très encourageants »

La société américaine, fondée en 2018 et soutenue par des investisseurs comme Bill Gates et Jeff Bezos, a établi un camp de base à Manono, dans le sud-est de la RDC. Ses équipes utilisent des GPS de haute précision et des tablettes connectées à des modèles d’intelligence artificielle opérés depuis les serveurs de l’entreprise californienne.

KoBold Metals vise notamment le lithium, métal central pour les batteries de véhicules électriques. Benjamin Katabuka, directeur général de KoBold Metals en RDC, affirme disposer de « résultats très encourageants », sans communiquer de données géologiques détaillées. L’entreprise demeure au stade de l’exploration et envisage une entrée en production dans quelques années, si les recherches confirment un potentiel exploitable.

Quatorze permis et plus de 3 000 km2 ciblés

Depuis 2025, KoBold a obtenu 14 permis d’exploration couvrant plus de 3.000 km2. Ces droits ont été accordés avant la signature, en décembre 2025, d’un partenariat stratégique entre Washington et Kinshasa, présenté comme le volet économique d’un appui américain destiné à favoriser la stabilisation de l’est de la RDC. Le groupe prévoit d’investir plus de 50 millions de dollars dans le pays d’ici début 2027. Ses équipes, actives depuis avril, collectent en moyenne 2.000 échantillons de sol par semaine afin d’identifier, à faible profondeur, des signatures géochimiques associées à des pegmatites porteuses de lithium.

Les données de terrain sont croisées avec des cartes géologiques anciennes, des images satellites et des forages parfois hérités de la période coloniale. « Une fois qu'on a déterminé la présence du lithium, à des points bien spécifiques, ça nous permet de réorganiser les forages », explique Kévin Tambwe, responsable de laboratoire. La présence américaine reste limitée dans le secteur minier congolais. Selon Benjamin Katabuka, Virtus Minerals est à ce jour la seule autre entreprise américaine disposant d’actifs en RDC, tandis que « les investissements américains depuis n'ont pas afflué » près d’un an après l’accord stratégique.

Un terrain dominé par les capitaux chinois

La RDC est le premier producteur mondial de cobalt et le deuxième producteur mondial de cuivre. Les entreprises chinoises, très présentes depuis les années 2000, contrôlent 70 à 80 % du marché congolais du cuivre et du cobalt.

KoBold entend utiliser la modélisation prédictive pour rivaliser avec des groupes déjà implantés autour de Manono, notamment le chinois Zijin. Celui-ci a exporté en juin ses premières tonnes de concentré issues d’une mine géante voisine des permis détenus par l’entreprise américaine.

Des sources minière et diplomatique indiquent que des discussions doivent préciser les conditions susceptibles d’attirer davantage d’investissements américains. Le secteur minier congolais reste exposé à la corruption, ainsi qu’à des scandales financiers et environnementaux.

Attentes sociales et méfiance locale

À Manono, l’arrivée de KoBold suscite des espoirs dans une cité minière marquée par plus d’un siècle d’exploitation. Le vicaire général du diocèse, Wilson Katende, estime que la « concurrence » américaine pourrait contribuer à améliorer les conditions de travail. Les tensions sociales restent fortes. Des mineurs employés par certaines compagnies étrangères perçoivent souvent moins de 200 dollars par mois, selon les témoignages recueillis localement, et le taux de pauvreté atteint 88 % dans la région d’après les statistiques officielles.

Le territoire présente aussi des fragilités structurelles. « Manono manque d'eau potable. Manono n'est pas électrifié », déplore l’administrateur du territoire, Cyprien Kitanga, selon lequel des entreprises minières par le passé « sont venues prendre le minerai et elles ont laissé des trous aux enfants de Manono ». La rivière Lukushi, qui traverse la zone, a été détournée pour les besoins de l’extraction, selon les habitants. Des soldats congolais sont visibles et la présence de milices locales maï-maï a récemment été signalée dans des villages voisins. Le jour où des mineurs ont brûlé des pneus à l’entrée de la mine exploitée par Zijin pour protester contre les bas salaires et la durée du travail, l’entreprise chinoise a indiqué avoir accepté de « corriger des écarts de salaires » et d’instaurer « une prime de nuit ».