Une attaque présumée contre un véhicule de service
Alexeï Likhatchev, patron de Rosatom, a affirmé mercredi qu’Alexandre Iakovlev, présenté comme l’ingénieur en chef de la centrale nucléaire de Zaporijjia, avait été tué lors d’une frappe de drone près de l’installation. Selon le dirigeant du groupe nucléaire russe, l’attaque a aussi coûté la vie au chauffeur du véhicule visé.
« Aujourd'hui, Alexandre Iakovlev, l'ingénieur en chef de la centrale nucléaire de Zaporijjia, a été tué au cours d'une attaque terroriste ciblée perpétrée par le régime de Kiev », a déclaré Alexeï Likhatchev dans un message diffusé sur le compte Telegram de Rosatom. Il a attribué la frappe à un « drone des forces armées ukrainiennes » visant une voiture de service située à proximité de la centrale.
Le responsable de Rosatom a ajouté qu’« Alexandre Iakovlev a voué toute son existence à l'énergie nucléaire et il est mort, en somme, à son poste de combat ». Les autorités russes n’ont pas diffusé d’images de l’attaque présumée ni apporté d’éléments supplémentaires sur le parcours de ce responsable.
Un responsable peu mentionné publiquement jusqu’ici
Les comptes Telegram de Rosatom et de la centrale nucléaire de Zaporijjia n’avaient pas mentionné Alexandre Iakovlev avant cette annonce. La communication publique du site est habituellement assurée par Iouri Tchernitchouk, directeur nommé par Moscou et lui-même ancien ingénieur en chef de l’installation.
Quelques minutes après le message de Rosatom, Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a qualifié les faits de « crime ». Elle a demandé à l’Agence internationale de l’énergie atomique de dénoncer « ce meurtre ».
La centrale est située à Energodar, sur la rive du Dniepr, dans une zone où le fleuve marque la ligne de front. Moscou et Kiev s’accusent régulièrement de tirs ou de frappes touchant le site ou ses abords.
Une centrale arrêtée mais dépendante de l’alimentation électrique
La centrale nucléaire de Zaporijjia est passée sous contrôle de l’armée russe en mars 2022, au début de l’offensive de grande ampleur lancée contre l’Ukraine. Elle reste la plus grande centrale nucléaire d’Europe et compte six réacteurs nucléaires, actuellement à l’arrêt.
Malgré l’arrêt des réacteurs, le site doit conserver une alimentation électrique extérieure afin d’assurer le refroidissement des installations. Cette dépendance constitue l’un des principaux points de vigilance pour la sûreté du site depuis le début de son occupation.
Cette alimentation a été interrompue à plusieurs reprises au cours des quatre dernières années. Lors de ces coupures, les équipes de la centrale ont dû recourir à des générateurs diesel d’urgence pour maintenir les fonctions nécessaires au refroidissement.
L’AIEA maintient une présence permanente sur place
L’Agence internationale de l’énergie atomique dispose d’équipes permanentes à Zaporijjia depuis septembre 2022. L’agence demande régulièrement aux deux belligérants de faire preuve de retenue autour de l’installation, en raison du risque qu’une action militaire provoque un accident nucléaire majeur.
Kiev accuse aussi Moscou de chercher à « voler » la centrale en engageant des travaux destinés à la connecter au réseau électrique russe afin de permettre son redémarrage. Cette accusation s’ajoute aux différends récurrents entre les deux camps sur la responsabilité des incidents affectant la sûreté du site.
Les autorités russes n’ont pas précisé mercredi si l’attaque présumée avait eu un impact sur le fonctionnement des systèmes de sûreté ou sur l’alimentation électrique extérieure de la centrale.