Une coupure nationale sur un système déjà instable
L'Union électrique cubaine (UNE) a annoncé une « déconnexion totale du système électro-énergétique national » et indiqué que les « causes » de l'incident étaient en cours d'examen. Cette panne a concerné l'ensemble de l'île, qui compte 9,6 millions d'habitants, et constitue la huitième interruption générale depuis la fin de 2024.
À La Havane, la coupure a immédiatement affecté l'activité économique ordinaire. « Il n'y a pas de wifi, pas d'électricité, on ne peut pas travailler », a témoigné un programmateur de 24 ans employé dans une entreprise privée de logiciels de la Vieille Havane, qui prévoyait de rentrer chez lui quelques heures après le début de sa semaine de travail.
Meyboll Font, 51 ans, travailleuse indépendante dans un autre quartier de la capitale, a décrit une dégradation supplémentaire après des semaines de fourniture très limitée. « Vivre comme ça, c'est une agonie », a-t-elle déclaré.
Centrales thermiques vieillissantes et manque de carburant
Le système électrique cubain dépend principalement de sept centrales thermiques anciennes, régulièrement affectées par des avaries ou immobilisées pour maintenance. Le pays s'appuie aussi sur des groupes électrogènes de secours alimentés au diesel importé, ce qui rend l'approvisionnement électrique très sensible aux contraintes sur les livraisons de carburant.
Selon la Direction générale du Trésor française, la production nationale d'électricité de Cuba est passée de 20 700 GWh en 2019 à 15 300 GWh en 2024, soit une baisse de 25 % en cinq ans. La même source indiquait en juillet 2025 que les installations renouvelables assuraient environ 5 % de la production en 2023, tandis que les centrales au pétrole, le gaz et les groupes au fioul ou au diesel restaient dominants.
La centrale Antonio Guiteras, située dans l'ouest du pays et considérée comme la principale installation électrique cubaine, était à l'arrêt lundi à la suite d'une panne. Son fonctionnement a été paralysé plus de quinze fois depuis le début de l'année par des avaries successives.
Les délestages quotidiens atteignent désormais plus de 30 heures consécutives à La Havane et plusieurs jours dans certaines provinces, malgré le programme de déploiement de parcs solaires lancé il y a deux ans. Les coupures se sont intensifiées depuis l'instauration en janvier du blocus pétrolier américain qui entrave les approvisionnements en carburant.
Le dossier énergétique rejoint le bras de fer diplomatique
Les tensions entre Washington et La Havane se sont nettement accentuées depuis le début de l'année, notamment après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, allié du gouvernement cubain. Outre les restrictions pétrolières, les États-Unis ont adopté de nouvelles sanctions visant des entreprises et des responsables cubains.
La Maison-Blanche a publié le 29 janvier 2026 un décret prévoyant un mécanisme de droits de douane additionnels contre les pays fournissant directement ou indirectement du pétrole à Cuba. Donald Trump estime que l'île, située à environ 150 kilomètres des côtes de Floride, représente « une menace extraordinaire » pour la sécurité nationale américaine et a plusieurs fois averti qu'il pourrait en « prendre le contrôle ».
Les deux pays mènent depuis plusieurs mois des discussions difficiles. Sous pression, les autorités cubaines ont adopté à la mi-juin un ensemble de mesures favorables à l'économie de marché, un changement majeur pour le modèle économique en vigueur depuis l'adoption du communisme il y a près de 70 ans.
Lundi, Cuba a accusé les États-Unis de vouloir empêcher l'Assemblée générale de l'ONU de débattre mardi 7 juillet de l'impact du blocus pétrolier et des sanctions américaines. « Le gouvernement des Etats-Unis tente d'empêcher l'Assemblée générale de l'ONU de se prononcer. Il fait pression sur des gouvernements et cherche à contraindre la volonté souveraine des Etats membres », a affirmé le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez sur X.
L'ouverture de ce débat demandé par La Havane nécessite un vote des États membres. Cette procédure est distincte du débat annuel organisé depuis 1992 à l'Assemblée générale sur l'embargo économique américain appliqué depuis 1962, dont la résolution de 2025 a été adoptée à une majorité moins large que les années précédentes après une offensive diplomatique de Washington.