Des inspecteurs à déployer à travers le monde en pleine pandémie et un accord sur l'Iran à sauver malgré de vives crispations, l'Argentin Rafael Grossi n'avait pas imaginé une première année aussi agitée à la tête de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

En eaux troubles depuis le retrait américain du pacte conclu à Vienne en 2015, le dossier iranien connaît de nouveaux soubresauts depuis l'assassinat vendredi d'un éminent physicien nucléaire.

Nombre d'ultraconservateurs, appelant à une riposte, réclament le bannissement d'Iran des inspecteurs de l'AIEA. "Nous comprenons la détresse, mais en même temps il est clair que personne n'aurait à gagner d'une diminution, d'une limitation ou d'une interruption du travail que nous faisons ensemble", a réagi Rafael Grossi dans un entretien accordé lundi à l'AFP, un an après sa prise de fonctions.

"De notre côté, nous continuons et nous espérons bien que ce sera le cas de leur côté et comme je l'ai dit, je n'ai reçu aucune indication comme quoi cela serait différent", a-t-il ajouté.

« Sacré défi »

Le processus a déjà failli dérailler un peu plus tôt cette année quand Téhéran persistait à refuser des inspections sur deux sites suspects. Qu'à cela ne tienne, Rafael Grossi n'avait alors pas hésité à se rendre sur place en août malgré les nombreux "risques politiques", de son aveu même.

"Oui, c'était un sacré défi", admet-il, expliquant que de nombreuses personnes avaient tenté de l'en dissuader. Finalement, cette visite a permis de "lever les obstacles" et les inspecteurs ont pu avoir accès dans la foulée aux sites en question. "Ce déplacement et l'accord auquel il a conduit démontrent le très grand talent de diplomate" de M. Grossi, souligne pour l'AFP Xavier Sticker, ambassadeur de la France auprès des Nations unies et des organisations internationales à Vienne.

Soucieux de "faire avancer les choses" selon la même source, le directeur général de 59 ans n'hésite pas aussi à hausser le ton quand il le faut. Il a de nouveau réclamé lundi des "clarifications" à l'Iran sur le site suspect du district de Turquzabad, dans la capitale, où la présence de particules d'uranium anthropogénique (résultant d'activités humaines) a été détectée. "Je ne veux pas dramatiser (...), il n'y a pas de date butoir mais un certain sentiment d'urgence de ma part", a-t-il insisté.

La route sera-t-elle plus aisée avec l'arrivée aux États-Unis de Joe Biden ? "Ce sera différent", se borne à répondre le chef de l'AIEA. "Nous espérons" que ce sera "une de leurs priorités : s'asseoir avec nous dès que possible pour avoir une idée de leur approche".

« Vols privés » pour inspecteurs

Au cours de cette année "pas comme les autres", le capitaine de l'AIEA a par ailleurs dû affronter la gestion de la pandémie de Covid-19, entre avions cloués au sol et foule de restrictions sanitaires.

"Ce dont je suis le plus fier, c'est que l'agence n'a pas cessé de fonctionner une seule minute", a-t-il résumé en dressant le bilan de sa première année, depuis le 28e étage de la tour abritant les locaux de l'AIEA à Vienne. "J'ai dû défendre mon point de vue auprès des ministres des Affaires étrangères, louer des avions privés pour envoyer les inspecteurs. Ce n'était pas simple" au moment où "le monde se fermait", a-t-il raconté.

Sous sa houlette, l'agence a également fourni des équipements pour lutter contre le nouveau coronavirus et a lancé un projet baptisé Zodiac pour aider, via l'utilisation de techniques nucléaires, à prévenir les maladies "zoonoses", transmission d'un virus de l'animal à l'humain.

Sixième directeur de l'agence onusienne depuis sa création en 1957 et premier issu d'un pays d'Amérique du Sud, Rafael Grossi avait pris la succession du Japonais Yukiya Amano, décédé en juillet 2019. Moins réservé que son prédécesseur tout en étant garant de la neutralité qui sied à cette institution, il a fait montre d'"ingéniosité" pour trouver "des solutions innovantes", confirme l'ambassadeur français, saluant l'idée "des vols charters, affrétés pour la première fois depuis que l'AIEA existe".

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