Nucléaire: le lanceur d'alerte de Tricastin "soulagé" par l'ouverture d'une enquête judiciaire

  • AFP
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Le cadre de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme), qui avait déposé plainte en 2021 pour dénoncer la "politique de dissimulation" d'EDF sur la sûreté nucléaire, s'est dit "soulagé" que la justice ait ouvert une enquête pour "établir les responsabilités" sur "des faits d'une extrême gravité".

"C'est un soulagement, je suis extrêmement satisfait (...) que la justice prenne toute la mesure de la gravité des faits que je dénonce", dit dans un entretien avec l'AFP l'ingénieur nucléaire de 42 ans qui va se constituer partie civile pour accompagner l'instruction contre X ouverte par le pôle Santé publique de Marseille.

En attente d'un statut de lanceur d'alerte, le salarié nommé à un poste de responsabilité en 2016 à la centrale de Tricastin après douze ans de carrière à EDF, se présente sous le pseudonyme "Hugo", par peur des "menaces" et des "représailles".

Celui qui se décrit comme "foncièrement pro-nucléaire" a déposé plainte contre son employeur "après avoir observé de nombreux événements qui ont été dissimulés à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN)", dont une inondation interne survenue "en zone protégée" pendant plusieurs heures le 29 août 2018 et traitée par deux techniciens "avec des raclettes", un incident décrit comme un "petit écoulement d'eau immédiatement arrêté" dans le compte-rendu officiel de l'ASN.

L'ingénieur dit avoir déjà transmis à la justice "des centaines de pages" de documents, relevés, mails, SMS, prouvant selon lui les différentes "dissimulations", "minimisations" ou "falsifications" concernant "la sûreté nucléaire, l'environnement, l'accidentologie ou le code du travail" au sein de la centrale la plus vieille de France.

Ce cadre supérieur assure avoir "très vite alerté en interne la direction de la centrale", puis "tous les niveaux d'EDF jusqu'à la présidence générale", mais aussi les représentants locaux et nationaux de l'ASN puis le ministère de l'Ecologie, lors d'une rencontre avec le cabinet de Barbara Pompili en juillet 2021. En vain.

"Finalement la réponse à toutes ces alertes, c'est une absence de réponse. Je n'ai pas eu d'autres choix que de déposer plainte et d'alerter la justice", dit le salarié qui dénonce dans sa plainte le "harcèlement" et les "pressions" de sa direction.

A sa grande satisfaction, l'information ouverte à Marseille retient "l'ensemble des chefs de (sa) plainte, notamment les infractions au code de l'environnement et à la sûreté ou la mise en danger de la vie d'autrui" et "va bien au-delà": s'y ajoutent "des qualifications extrêmement graves" comme "faux et usage", "obstacles au contrôle des inspecteurs de la sureté nucléaire" ou déversement de substance entraînant des effets nuisibles "par violation manifestement délibérée d'une obligation de prudence".

- "Transparence" -

"Quand on est, comme moi, issu du nucléaire, avec cette culture de sûreté nucléaire, de transparence qui est ancrée chez la plupart des salariés d'EDF, c'est juste inconcevable de dissimuler et de minimiser des incidents", explique-t-il.

"L'enjeu, c'était de fournir à l'ASN un bilan positif sur la visite décennale, mais aussi (....) une satisfaction globale positive du public dans le cadre de l'enquête publique, tout cela permettant de concourir à la validation par l'ASN du fonctionnement des centrales nucléaires 900 Mw électrique au-delà des 40 ans", dit-il.

"Prolonger 32 réacteurs 900 mW électriques au-delà de 40 ans représente un gain financier de plusieurs dizaines de milliards d'euros par an en bénéfice net", ajoute-t-il en évoquant "une fourchette basse de 30 milliards d'euros par an de gains directs" pour EDF.

"C'est un gain financier très considérable, mais rien ne justifie de mettre la sûreté au second plan, de mettre à mal la protection du public et de l'environnement", s'indigne-t-il.

Aussi, obtenir le statut de lanceur d'alerte "serait la reconnaissance que ce combat n'a rien de personnel, que je le fais pour la sûreté et donc pour la protection du public", souligne celui qui espère poursuivre sa carrière dans la sûreté nucléaire et attend sa réaffectation depuis quatre ans.

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