L'obligation concernant les grandes surfaces de stationnement
La loi APER du 10 mars 2023 impose aux parcs de stationnement extérieurs existants de plus de 1 500 m2 d'être couverts, sur au moins la moitié de leur superficie, par des ombrières intégrant un dispositif de production d'énergie renouvelable. Le décret d'application publié le 13 novembre 2024 a fixé deux échéances : le 1er juillet 2026 pour les parkings de plus de 10 000 m2 et juillet 2028 pour ceux compris au-dessus de 1 500 m2.
Ce calendrier place en première ligne la grande distribution, dont les hypermarchés, supermarchés et centres commerciaux disposent de vastes surfaces artificialisées. La Fédération du commerce et de la distribution évalue le périmètre concerné à 21 000 magasins et centres commerciaux, pour environ 70 millions de m2 de parkings.
Cette obligation contribue à l'accélération du solaire photovoltaïque en France. Selon RTE, la puissance solaire installée en France métropolitaine a atteint 30,4 GW fin 2025, après une progression des capacités solaires de 5,9 GW l'an dernier.
Des distributeurs dénoncent des délais « irréalistes »
À ce jour, « beaucoup d'entreprises ne sont pas en conformité », alors que les procédures de conception, de permis, de raccordement et de chantier peuvent s'étaler sur plusieurs mois, souligne la société de services énergétiques Idex. Contacté par l'AFP, Edouard Roblot, directeur énergie solaire d'Idex, évoque seulement « 10% à 15% des parkings de plus de 10 000 m2 déjà équipés » ou en passe de l'être. Idex indique constater « un afflux de demandes pour lancer rapidement des projets et rattraper le retard ».
La Fédération du commerce et de la distribution avait demandé dès avril 2024 un report « de deux ans au minimum ». En janvier 2025, elle a saisi le Conseil d'État avec une dizaine d'autres organisations contre le décret d'application, en invoquant des délais « irréalistes ». Ce « recours contentieux » est encore en cours, selon la fédération. Elle affirme que « Les professionnels du commerce sont pleinement engagés dans la transition écologique (...) mais les modalités d'application prévues (...) rendent les objectifs inatteignables ».
La loi Huwart assouplit une partie du dispositif
Franck Charton, délégué général de Perifem, fédération technique des distributeurs dédiée aux sujets énergétiques et environnementaux, juge que le « contexte réglementaire n'est toujours pas finalisé ». Il met en avant les « avancées obtenues » avec la loi Huwart, promulguée en novembre 2025, qui permet de combiner plus largement ombrières et plantation d'arbres.
Selon Perifem, cet assouplissement doit permettre aux enseignes d'adapter la « quantité de panneaux photovoltaïques » à leurs besoins réels. Franck Charton souligne aussi que les distributeurs conservent davantage d'« autonomie » sur l'usage futur de leurs surfaces, y compris la possibilité de céder une partie du foncier pour un autre usage. Certains acteurs ont déjà commencer à s'équiper, indique Perifem sans communiquer de bilan sectoriel.
Carrefour met en avant ses permis et ses chantiers
Carrefour, deuxième distributeur français, revendique en France « un peu moins de 100 magasins dont les installations solaires sont en service ou en phase finale de construction », auxquels s'jaoutent « plus de 160 magasins, hypermarchés et supermarchés » qui ont obtenu un permis de construire pour des équipements solaires (avec une production annuelle envisagée de plus de 200 GWh).
Carrefour précise également que 80 chantiers ont également été lancés ces derniers mois. Dans le cadre d'un partenariat annoncé avec GreenYellow, le distributeur vise par ailleurs une production d'environ 450 GWh par an à horizon de trois ans sur 350 parkings de supermarchés et d'hypermarchés en France.
Le non-respect de l'obligation peut entraîner une sanction annuelle allant jusqu'à 40 000 euros pour les plus grands parkings. Edouard Roblot estime toutefois que les gestionnaires pourront y échapper s'ils démontrent qu'« ils ont commencé leur réflexion » en vue de leur mise en conformité.