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OPEP: l'Iran hostile à une hausse de production avant des réunions tendues à Vienne

  • AFP
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L'Iran a indiqué mardi ne pas croire à une révision à la hausse cette semaine des objectifs de production mondiale de pétrole, souhaitée par l'Arabie saoudite et la Russie mais à laquelle Téhéran est opposé après la dénonciation de l'accord nucléaire par Washington.

"Je ne pense pas qu'il y aura d'accord", a affirmé à des journalistes Bijan Namdar Zanganeh à son arrivée à Vienne avant une réunion du cartel. L'Arabie saoudite souhaite faire valider vendredi par ses partenaires de l'OPEP une révision à la hausse des quotas de production, sur fond de rebond de la demande et de hausse des cours. Une démarche partagée par la Russie, liée avec neuf autres pays extérieurs à l'OPEP à un accord avec le cartel qui doit être rediscuté dans la foulée samedi dans la capitale autrichienne.

Depuis que ces objectifs, prolongés jusqu'à fin 2018, ont été adopté par un groupe de 24 producteurs représentant plus de 50% de l'offre mondiale, fin 2016, les prix du brut ont grimpé pour évoluer autour de 75 dollars le baril en Europe. Mais l'Iran, dont les capacités de production sont limitées et dont exportations risquent d'être mises à mal par la dénonciation en mai de l'accord sur le nucléaire par les États-Unis, voit d'un mauvais oeil son rival régional, l'Arabie saoudite, proposer de compenser cette baisse de l'offre mondiale en augmentant ses extractions.

Le ministre iranien a souligné mardi que l'"unanimité" était nécessaire au sein de l'OPEP pour changer de politique de production, et estimé que "les prix élevés du pétrole sont causés par Trump". "Le président Trump a créé les difficultés du marché en multipliant les sanctions contre deux membres fondateurs de l'OPEP", l'Iran et le Venezuela, a-t-il accusé. Il reste quelques jours aux géants russe et saoudien pour convaincre le cartel et ses dix partenaires.

Rivalité

La position saoudienne est ambigüe. Jusqu'en avril, le ministre de l'Énergie saoudien, Khaled al-Faleh, affirmait que le marché pouvait supporter des prix du baril plus élevés. Mais le Royaume a soutenu le président américain Donald Trump lorsqu'il a décidé de sortir de l'accord sur le nucléaire iranien et d'imposer de nouvelles sanctions au pays. Ces sanctions pourraient empêcher l'Iran d'exporter son pétrole, une crainte qui a fait s'envoler les prix du brut début 2018.

Alors que des élections parlementaires approchent aux États-Unis et que le prix de l'essence grimpe pour le consommateur américain, le colérique président n'hésite pas à dire tout le mal qu'il pense de l'OPEP sur Twitter.

"Il y a définitivement une pression américaine", explique Amrita Sen, analyste chez Energy Aspects, qui estime que les États-Unis ont obtenu de l'Arabie saoudite un engagement à compenser le manque à gagner iranien sur le marché mondial.

En Russie, les entreprises pétrolières privées ont de plus en plus de mal à justifier auprès de leurs actionnaires de retenir leurs extractions, et à ne pas profiter de la hausse des cours.

Établis fin 2016, les objectifs de baisse de production ont fait rebondir les prix de l'or noir, brièvement passé sous les 30 dollars début 2016 avant de dépasser les 70 dollars au deuxième trimestre 2018. Le ministre russe de l'Énergie, Alexandre Novak, a ainsi affirmé depuis Minsk qu'il pourrait y avoir "un manque de pétrole sur le marché au troisième trimestre, quand la demande est à son plus fort", ont rapporté mardi les agences russes.

Augmenter ou pas

L'Iran a des alliés pour s'opposer aux volontés de la Russie et de l'Arabie saoudite. L'Irak et le Venezuela ont déjà annoncé s'opposer à une augmentation des objectifs. "Bien évidemment, ils ont à perdre si les objectifs sont augmentés", a commenté M. Schieldrop.

Selon l'agence internationale de l'énergie (AIE), seuls quelques pays, l'Arabie saoudite, ses alliés les Émirats arabes unis et le Koweït, ainsi que la Russie, sont réellement en mesure d'augmenter leur production. Pour les autres, mieux vaut voir l'ensemble du marché retenir ses extractions pour vendre au prix cher leur production limitée.

Alors que l'OPEP a besoin d'une décision à l'unanimité pour modifier ses objectifs pour 2018, les analystes estiment cependant crédible que le cartel se mette d'accord. "La guerre, c'est la guerre, les affaires sont les affaires", a tranché Mme Sen, qui rappelle que l'OPEP a déjà réussi à mettre de côté les différends géopolitiques pour s'accorder dans le passé.


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