Une dépendance logistique devenue critique
Le Koweït ne dispose pas d'itinéraire d'exportation comparable à ceux aménagés par l'Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis pour contourner le détroit d'Ormuz. Le blocage de ce passage maritime prive donc l'émirat de sa principale voie de sortie pour ses cargaisons de brut et de produits pétroliers.
Le conflit régional, déclenché fin février par des frappes israélo-américaines contre l'Iran, n'a pas causé au Koweït des destructions équivalentes à celles de l'invasion irakienne de 1990. Il a toutefois placé son système pétrolier sous une contrainte directe, dans un pays où l'or noir fournit presque toutes les exportations et plus de 90% des recettes publiques.
Le PDG de la KPC, Cheikh Nawaf Saud al-Sabah, qualifie la séquence de « crise la plus grave qu'ait connue le secteur pétrolier depuis l'invasion du pays par l'Irak en 1990 ». Lors du retrait des troupes de Saddam Hussein, plusieurs centaines de puits avaient été incendiés, tandis que des réservoirs et des raffineries avaient été détruits ou visés.
La KPC active des mesures d'urgence
Quelques jours après le début de la guerre, la compagnie publique a invoqué un cas de force majeure afin de se protéger contre des pénalités contractuelles ou d'éventuels défauts de livraison auprès de ses clients. Cette clause a été levée en juin, selon les éléments communiqués par l'entreprise.
Cheikh Nawaf Saud al-Sabah indique que la KPC travaille désormais à des solutions d'urgence, notamment en utilisant des capacités de stockage situées hors de la région pour absorber une partie du choc. Son bureau provisoire illustre la vulnérabilité physique du secteur, le siège du groupe ayant été touché en avril par une frappe de drone.
Avec Bahreïn, le Koweït figure parmi les principales cibles des représailles iraniennes dans le Golfe. Des installations de dessalement et des infrastructures énergétiques, notamment pétrolières, ont été touchées, alors que l'approvisionnement en eau et la chaîne d'exportation d'hydrocarbures constituent deux actifs critiques pour l'émirat.
L'analyste Amena Bakr, chez Kpler, estime que « la dépendance du Koweït au détroit est devenue une vulnérabilité stratégique ». Selon elle, les capacités financières du pays permettent d'encaisser un choc bref, mais une guerre prolongée accroît les dommages économiques liés à l'absence de route sécurisée pour exporter le pétrole.
Un choc déjà visible dans les comptes nationaux
Selon les premières données officielles citées dans la dépêche, le PIB koweïtien a reculé de 4,6% sur un an au premier trimestre 2026. Les revenus du secteur pétrolier ont chuté de 12,5% sur la même période, et le repli pourrait être plus marqué au deuxième trimestre.
Avant-guerre, la production koweïtienne dépassait légèrement 2,6 millions de barils par jour. L'objectif affiché était de porter ce niveau à 4 millions de barils par jour d'ici 2040, mais le patron de la KPC n'a pas donné de chiffre actualisé pour la production en cours.
« Une fois qu'il sera rouvert, la libre circulation reprendra et nous pourrons alors facilement revenir à nos niveaux de production d'avant-guerre, et même plus », affirme Cheikh Nawaf Saud al-Sabah. Il ajoute qu'« il n'y a pas d'autre option » que le rétablissement d'un accès sans entrave à Ormuz.
Des protections physiques autour des sites
À l'approche du sixième mois de guerre, le Koweït suit la situation maritime dans le détroit, où les attaques de navires se succèdent. Pour Cheikh Nawaf Saud al-Sabah, même des oléoducs ou des stockages nombreux ne suffiraient pas à compenser durablement l'absence de liberté de circulation des hydrocarbures par Ormuz.
Les exploitants d'infrastructures énergétiques ont adapté leurs procédures de protection. La nuit, la plupart des grands sites coupent désormais leur éclairage, tandis que des structures métalliques épaisses ont été installées autour de nombreux réservoirs de brut afin de réduire leur exposition à d'éventuelles frappes.
Dans la population, la référence à l'invasion de 1990 reste présente. « Nous avons survécu à pire. Nous sommes le Koweït. Nous avons la résistance dans le sang », déclare Noura, une Koweïtienne de 45 ans rencontrée dans un marché, qui n'a pas souhaité communiquer son nom de famille.
La poursuite de la guerre voulue par les États-Unis nourrit aussi une amertume privée chez certains Koweïtiens, alors que les troupes américaines avaient été associées à la libération du pays après l'invasion irakienne.