Petroline prive Riyad de sa principale dérivation
Les autorités saoudiennes ont annoncé le 11 septembre la fermeture temporaire de l’oléoduc Est-Ouest, après des attaques lancées depuis l’Irak. Selon l’agence officielle saoudienne SPA, l’infrastructure a été visée le 10 septembre dans les régions de Riyad et de Médine.
Cette conduite de 1 200 kilomètres, appelée Petroline, relie les zones pétrolières de l’est du royaume au terminal de Yanbu, sur la mer Rouge. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, elle servait à contourner le détroit d’Ormuz, que l’Iran verrouille de facto et par lequel passait environ un cinquième des hydrocarbures mondiaux.
« L’oléoduc Est-Ouest est une artère énergétique essentielle pour l’Arabie saoudite, particulièrement dans le contexte géopolitique actuel », souligne Robert Mogielnicki, analyste à l’Arab Gulf States Institute. Les oléoducs enterrés restent moins exposés que les routes maritimes, mais les stations de pompage en surface demeurent vulnérables.
Bab el-Mandeb ferme la sortie par la mer Rouge
La fermeture de Petroline intervient alors que les Houthis imposent depuis juillet un blocus maritime visant les navires saoudiens, sur fond d’attaques contre des bâtiments et des infrastructures pétrolières du royaume. Avant la guerre, l’Arabie saoudite exportait environ 7,3 millions de barils de brut par jour, dont près de 4 millions ont ensuite été redirigés vers Yanbu, selon Kpler.
Avant le blocus houthi, environ 3,2 millions de barils par jour issus de ces flux passaient par Bab el-Mandeb en direction de l’océan Indien. Kpler indique que les transits de brut saoudien par ce détroit sont tombés près de zéro en août, alors que les flux russes et soudanais via le même passage sont restés relativement stables.
Selon Torbjorn Soltvedt, analyste chez Verisk Maplecroft, les attaques montrent que les infrastructures destinées à sécuriser les exportations du Golfe ne constituent pas une « solution miracle ». Riyad conserve la possibilité d’exporter une partie de son brut, mais au prix d’un détour plus long par l’Égypte et le canal de Suez, ou d’un passage plus risqué par Ormuz.
Suez et SUMED offrent une capacité théorique limitée
Une option consiste à utiliser les stocks disponibles à Yanbu, puis à acheminer les cargaisons vers le nord via Suez et l’oléoduc égyptien SUMED. Les superpétroliers ne franchissent pas le canal à pleine charge, ce qui oblige à transférer une partie de leur cargaison par SUMED entre la mer Rouge et la Méditerranée.
Cette route est déjà plus sollicitée. D’après Kpler, les transits de brut saoudien par Suez approchaient 500 000 barils par jour fin juillet, contre quasiment zéro en juin. En combinant Suez et SUMED, jusqu’à 3,4 millions de barils de brut saoudien par jour pourraient théoriquement éviter Bab el-Mandeb, mais cette configuration n’a jamais été testée à une telle échelle.
Kpler précise que le système SUMED dispose d’une capacité opérationnelle de 2,5 millions de barils par jour et que son débit historique maximal a atteint 1,77 million de barils par jour en 2016. Pour les livraisons vers l’Asie, principal débouché saoudien, le trajet impose toutefois de remonter vers la Méditerranée, puis de contourner l’Afrique.
Le choc logistique se transmet aux prix du brut
Malgré le risque d’attaques iraniennes, des analystes estiment que Riyad continue d’utiliser Ormuz faute d’alternative suffisante. Des navires circulant avec leurs systèmes de localisation désactivés et des transferts de cargaison entre navires permettent encore de faire sortir du brut du Golfe, mais les volumes quotidiens restent instables et atteignent en moyenne seulement la moitié de leur niveau d’avant-guerre, selon Verisk Maplecroft.
Les prix réagissent déjà aux contraintes sur l’offre. Après l’annonce de l’arrêt de Petroline, le Brent, référence mondiale du pétrole brut, a grimpé à près de 110 dollars le baril, tandis que le diesel américain a atteint le 15 septembre un record proche de 6,27 dollars le gallon à la pompe.
« L’économie mondiale va également ressentir la pression » de la hausse des cours liée aux tensions autour d’Ormuz et de Bab el-Mandeb et aux dégâts sur les infrastructures énergétiques, prévient Robert Mogielnicki. Dans une note à ses clients, Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote, rappelle que « L’Arabie saoudite a déclaré que sa production de pétrole était tombée le mois dernier à son plus bas niveau depuis 1990 ».
Une remise en service rapide de l’oléoduc pourrait être compliquée par le conflit, selon Verisk Maplecroft, les attaques réduisant les exportations tandis que les perturbations du commerce retardent l’importation des équipements nécessaires aux réparations. Selon Kpler, les stocks saoudiens de brut atteignaient 75 millions de barils début août, soit 63 % d’utilisation des capacités suivies.