Un relèvement mensuel sans pause annoncée
L’Arabie saoudite, la Russie, l’Irak, le Koweït, le Kazakhstan, l’Algérie et Oman ont décidé d’ajouter 188 000 barils par jour à leurs quotas de production pour septembre, selon le communiqué de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. Cette hausse s’inscrit dans le même ordre de grandeur que les ajustements annoncés les mois précédents par ces sept membres de l’Opep+.
Le communiqué ne mentionne pas de suspension du cycle de relèvement, alors qu’une pause était largement anticipée par les analystes. Les pays concernés affirment agir dans le cadre du démantèlement progressif de réductions volontaires annoncées en avril et novembre 2023.
Entre la fin 2022 et 2023, l’alliance avait accumulé près de 6 millions de barils par jour de restrictions de production, réparties en trois tranches, afin de soutenir les cours du pétrole. À partir de 2025, l’Arabie saoudite, la Russie, l’Irak, le Koweït, le Kazakhstan, l’Algérie, Oman et les Émirats arabes unis, avant leur départ de l’organisation le 1er mai, ont engagé une stratégie inverse de réintroduction graduelle de volumes.
Des quotas de plus en plus éloignés des volumes disponibles
Deux des trois tranches de coupes de l’Opep+ sont désormais revenues sur le papier. Dans ce contexte, « a peu d'incitation à se précipiter vers de nouveaux ajustements de l'offre. Notre scénario de base est une pause au quatrième trimestre », estime Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy.
La hausse décidée pour septembre reste toutefois largement théorique si les capacités physiques ne suivent pas. Selon Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, le groupe ne peut plus ramener sa production au niveau de ses quotas, ni continuer à les relever sans difficulté, car « certains membres du groupe ont connu une baisse de leur capacité de production ».
Le 7 juin, la 41e réunion ministérielle Opep et non-Opep a confirmé le niveau global de production de brut des pays participant à la Déclaration de coopération jusqu’au 31 décembre 2026, selon l’Opep. L’organisation a aussi prévu que l’évaluation des capacités maximales durables serve de référence aux bases de production applicables en 2027.
Dans son Annual Statistical Bulletin 2026, publié le 29 avril, l’Opep chiffre la production mondiale de pétrole brut à 74,85 millions de barils par jour en moyenne en 2025, en hausse de 2,24 millions de barils par jour par rapport à 2024. Cette progression inclut une hausse de 1,22 million de barils par jour pour les pays membres de l’Opep.
Le Moyen-Orient limite l’effet réel de la décision
La guerre au Moyen-Orient a pesé sur les volumes disponibles dans les pays du Golfe, contraints de réduire les flux en raison de la paralysie du détroit d'Ormuz orchestrée par l’Iran. Le trafic maritime régional avait repris après la signature du protocole d’accord irano-américain en juin, ce qui avait soutenu une hausse de production par rapport à mai d’après les chiffres de l’Opep.
La reprise des hostilités en juillet a ensuite entraîné un nouveau recul de la navigation dans le détroit d’Ormuz et une augmentation des risques en mer Rouge. Cette dégradation devrait se traduire par un point bas du nombre de barils effectivement produits.
La Russie fait face à une contrainte distincte, liée aux attaques répétées de drones ukrainiens contre ses infrastructures pétrolières. Sa production peine à rester proche de 9 millions de barils par jour, alors que son objectif actuel atteint 9,8 millions de barils par jour.
« Pour l'instant, la géopolitique masque l'ampleur de l'augmentation de l'offre. Celle-ci deviendra beaucoup plus claire une fois que les flux d'exportation se seront normalisés », estime Jorge Leon. L’effet de l’ajustement de septembre dépend donc autant des quotas formels que de la capacité des producteurs à exporter leurs volumes.
La refonte des bases de production s’annonce sensible
L’échéance à laquelle l’Opep+ pourra accroître concrètement ses volumes reste incertaine. Certains membres, dont l’Irak, ont déjà exprimé leur volonté de produire nettement davantage.
Giovanni Staunovo indique que le groupe conduit actuellement un processus destiné à établir les niveaux de capacité maximale durable de chacun de ses membres. Ces données doivent servir à réviser les quotas à partir de l’année prochaine.
Les analystes de DNB Carnegie jugent que l’Opep+ « se prépare à des discussions potentiellement difficiles », car la révision des capacités conditionnera le partage futur de la production autorisée. Pour Jorge Leon, « Pour le moment la cohésion du groupe n'est pas en jeu », même si le départ des Émirats arabes unis en mai a mis en évidence une fragilité interne.
Abou Dhabi avait invoqué ses « objectifs stratégiques à long terme » pour justifier sa sortie de l’organisation. Les Émirats arabes unis avaient multiplié ces dernières années les annonces d’investissement destinées à augmenter leur capacité pétrolière, une trajectoire difficilement compatible avec des quotas durablement restrictifs.