Files d'attente et stations fermées à Vologda

À Vologda, à plus de 400 km au nord de Moscou, le couple rentre de sa datcha vers la ville et patiente depuis une dizaine de minutes devant une station Lukoil. « Je viens de passer cinq stations-service et une seule avait de l'essence », dit Dmitri, tandis qu'Elena s'inquiète de savoir si le carburant disponible suffira aux automobilistes encore dans la file.

Depuis juin, près de 90 % des régions russes ont été confrontées à des pénuries ou à des dispositifs de rationnement, selon un décompte établi à partir de déclarations d'autorités locales et de médias. L'ampleur du phénomène tranche avec la situation habituelle d'un pays qui figure parmi les grands producteurs mondiaux de pétrole et où les carburants restent généralement faciles d'accès, avec des prix inférieurs à ceux constatés dans l'Union européenne.

Moscou réserve davantage de volumes au marché intérieur

Le gouvernement russe a répondu par des restrictions à l'exportation, d'abord sur certaines catégories d'essence automobile et de carburant d'aviation, puis sur le gazole. L'interdiction élargie au diesel a été introduite le 8 juillet et doit rester en vigueur jusqu'au 31 juillet, selon le texte gouvernemental cité par Reuters.

Des plafonds d'achat par automobiliste ont également été instaurés dans certaines zones. À Moscou, les files d'attente ont reculé ces derniers jours, tandis qu'à Vologda, un conducteur prénommé Nikolaï constate qu'« un certain nombre de stations ont recommencé à fonctionner. Les livraisons d'essence sont plus fréquentes. Forcément, les files d'attente ont diminué ».

Les autorités de la région de Vologda, sollicitées sur la situation locale, n'ont pas répondu. Sur le marché maritime, les exportations russes de diesel et de gasoil ont chuté à 214 000 barils par jour entre le 1er et le 8 juillet, contre 793 000 barils par jour en juillet 2025, selon des données Kpler citées par Reuters.

Les raffineries deviennent un point de vulnérabilité

Les pénuries illustrent l'effet des frappes ukrainiennes sur les capacités de raffinage pétrolier russes. Dans un rapport publié début juillet, Energy Intelligence estime que près de la moitié des 6,6 millions de barils par jour de capacité de raffinage du pays a été mise hors service depuis fin février, au fil de la multiplication des attaques contre des infrastructures énergétiques.

Les frappes ukrainiennes contre le secteur énergétique russe sont présentées par Kiev comme une riposte aux bombardements de Moscou, qui font de nombreuses victimes civiles, et comme un moyen de réduire les revenus utilisés par la Russie pour financer la guerre. Selon S&P Global Commodity Insights, la raffinerie d'Omsk, d'une capacité de 428 000 barils par jour, a été touchée le 6 juillet, ce qui a élargi le périmètre géographique des sites russes exposés.

Vladimir Poutine a tenté de minimiser l'effet politique et économique de ces attaques. L'Ukraine « cherche à nuire à l'économie » russe et à « créer un climat de nervosité au sein de la société », a-t-il déclaré la semaine dernière, en assurant que « la marge de sécurité du réseau énergétique russe est très élevée ».

À Vologda, les pénuries sont renvoyées à la guerre

Située à environ 1 000 km de l'Ukraine, Vologda subit à son tour les conséquences de l'offensive lancée par la Russie en février 2022. Devant les stations, les réactions d'automobilistes mêlent contrainte matérielle et rhétorique politique.

Iégor, prénom modifié, attend dans son SUV avec son caniche Bonia sur les genoux et attribue les pénuries à « vos alliés qui nous bombardent », en s'adressant aux journalistes. Il ajoute : « Qui veut la guerre ? L'Ukraine, l'Europe... », reprenant le discours du Kremlin selon lequel la Russie ne ferait que se défendre contre les États occidentaux.

Depuis le siège passager du véhicule, son épouse rejette l'idée d'une menace russe contre d'autres pays. « Certains disent que nous voulons attaquer d'autres pays. C'est absurde. La Russie n'a jamais attaqué personne », affirme-t-elle.